Images singulières, 8e rendez-vous photographique à Sète

Le festival de photos « Images singulières » vient d’ouvrir ses portes à Sète. Cinq lieux d’exposition dans tous les quartiers de la ville, ou presque. Promenade non exhaustive.

Une sètoise © Olivares
Une sètoise © Olivares

Nous commencerons notre visite par le plus petit lieu d’exposition, le plus intime. C’est la chapelle du Quartier haut. Traditionnellement, la chapelle accueille chaque année le travail des artistes accueillis en résidence. Cette année, ce sont quatre protagonistes chiliens, Paula López-Droguett, Cristóbal Olivares, Tomás Quiroga, Nicolas Wormull, qui ont été invités à regarder vivre Sète et ses habitants. Ils ont choisi de mêler leurs travaux, sans les signer, et de les croiser avec des photos anciennes. Le résultat est saisissant. On découvre un Sète loin des clichés et des idées reçues. La couleur et le noir et blanc alternent. Les photos en couleur au contraste très net, à la lumière crue, montrent une mer et un ciel infinis, des plages blanches et vides. L’une d’elle montre une maquette de barque aux couleurs du Sénégal, vert, jaune, rouge et étoile verte sur le jaune, comme une épure et un moyen d’évasion, en réponse à ces immensités. En revanche, les photos noir et blanc racontent une autre histoire, certaines sont tremblées, retranscrivant dans la forme l’infinie tristesse qui se dégage de certains regards. Les portraitisés sont de toutes origines et de condition modeste. Beaucoup viennent du Maghreb ou d’Afrique. Un jeune est photographié de dos, torse nu, un revolver coincé dans sa ceinture. Ce cliché, à lui seul, évoque la violence et le désespoir qui animent certains habitants. Etre presqu’une île a ses revers et la cité semble triste, nostalgique et déglinguée.

Un sètois © Wormull
Un sètois venu d’ailleurs © Wormull

En redescendant du quartier haut, il faut traverser le canal royal pour se diriger vers le Crac qui a ouvert son premier étage à Guillaume Herbaut et son travail sur l’« Ukraine, de Tchernobyl à la guerre ». Entre reportage et photo posée, photo noir et blanc contre photo couleur, l’exposition montre le long chemin de croix des Ukrainiens, entre violence et désespoir. La catastrophe nucléaire, la Révolution orange qui débouche sur un nationalisme exacerbé et les séparatistes du Donbass, Guilaume Herbaut ne choisit pas un camp plutôt qu’un autre. Il montre juste l’horreur et la misère. Certaines photos couleur sont comme délavées par la grisaille ambiant. A Kiev, la seule note de couleur vient des fleurs dans les cheveux de Inna et Sacha Shevchenko, fondatrices des Femen. Lénine décapité est à lui seul le symbole de cette Ukraine en miettes.

A Kotovosk, parc des cheminots, le 19 décembre 2013, la statue de Lénine décapitée © Guillaume Herbaut
A Kotovosk, parc des cheminots, le 19 décembre 2013, la statue de Lénine décapitée © Guillaume Herbaut

Une longue marche emmène le festivalier vers le Boulodrome et aux chais des Moulins. Dans ces derniers, sont reçus des invités de marque pour une exposition au titre évocateur : « Vu d’Espagne ». Ils sont sept Espagnols, aux parcours très différents, Juan Manuel Castro Prieto, Alberto García-Alix, Cristina García-Rodero, Chema Madoz, Isabel Muñoz, Ricard Terré, Virxilio Viéitez. Certains ont essentiellement travaillé sous le franquisme, d’autres sont complètement contemporains. Et ils ont le mérite de montrer que la photographie n’est pas un art mineur et anecdotique, que l’Espagne a toute sa place aux côtés des grandes nations de la discipline. Mais cette exposition m’a laissée sur ma faim. J’ai envie de partager en deux groupes les photographes proposés. Juan Manuel Castro Prieto, Alberto García-Alix, Cristina García-Rodero, Chema Madoz, Isabel Muñoz sont dans l’air du temps, très esthétisants, très posés, très distanciés. Même les rites vaudou photographiés à Saint-Domingue sont très chics, les peintures rituelles africaines sont des œuvres d’art. Je connaissais le travail d’Isabel Muñoz sur le flamenco, très beau, très classique. Et pourtant la vie qui sous-tend cet art en est absente. D’un art de la chair et du sujet, elle en fait un bel objet. Ricard Terré et Virxilio Viéitez sont dans une autre histoire et racontent une autre histoire. Ricard Terré suit, en noir et blanc, ces processions énigmatiques qui jalonnent tous les pueblos d’Espagne, ces christ des douleurs, ces vierges de l’espérance, ces cohortes de pénitents. Tragi-comédie et humanité.

LDD-TERRE - copie
Une procession © Ricard Terré

Virxilio Viéitez est, quant à lui, photographe dans un village de Galice. Il choisit de photographier en extérieur, ses modèles, petits ou grands, vieux ou jeunes, en vêtement de travail ou endimanchés. En quelques clichés, se dresse une fresque de la vie à la campagne sous le franquisme. Et Viéitez a su saisir la personnalité de chacun de ses modèles.

Les majorettes sur fond de terril © Bollendorf
Les majorettes sur fond de terril © Bollendorf

Au Boulodrome, pour terminer cette balade sétoise, un film de 50 minutes, alternant vidéo et photo, est un vrai bonheur. Il tranche avec la morosité, la tristesse et la violence qui transpirent de beaucoup de travaux présentés. « La Parade » met en scène Cloclo, majorette n°18, Jonathan, adepte de tuning, Freddy, éleveur de coqs de combats et Gros Bleu, le pigeon voyageur, qui, au rythme de l’harmonie de Oignies et sous le regard bienveillant des géants, vivent leurs passions héritées des traditions ouvrières du Nord. Cloclo raconte avec emballement la confection de son costume, elle parle des milliers de paillettes nécessaires qu’il faut coudre à la main, elle parle aussi des grands malheurs de sa vie qu’elle oublie en lançant en l’air son bâton au rythme de la fanfare. Jonathan, quant à lui, espère, grâce au tuning, sortir de sa condition d’ouvrier et ouvrir un garage. Freddy parle de ses coqs avec fierté et orgueil, comme il parlerait de ses enfants. Quant à Gros Bleu, il roucoule et il voyage. Mehdi Ahoudig et Samuel Bollendorff rompent avec « La Parade » le cycle de la sinistrose. Ils ont regardé, filmé et photographié leurs héros avec beaucoup de tendresse, sans jugement. Et le résultat est réjouissant.

Autour du festival, s’est créée une ville dans la ville : une librairie éphémère, un bar tout aussi éphémère, des projections, des conférences, des concerts. Pas de temps mort pour le festivalier.

Images singulières, c’est jusqu’au 22 mai à Sète.

www.imagesingulieres.com / www.la-mid.fr
www.ot-sete.fr
www.laparade.fr

Barockissimo ! Les Arts Florissants en scène et les dix ans du CNCS

Avec Barockissimo ! Les Arts Florissants en scène, le Centre national du costume de scène et de la scénographie célèbre son dixième anniversaire. Lully, Monteverdi, Rameau accompagnent le chef d’orcestre franco-américain William Christie qui a fait redécouvrirau grand public le patrimoine musical baroque. Un mariage réjouissant du drame et de la fantaisie.

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Metz : Le réveil de la belle méconnue

 

 

Metz accélère son développement culturel et touristique. L’ouverture du Centre Pompidou en 2010 a donné le coup d’envoi d’une métamorphose urbaine de la cité  et a élargi le rayonnement culturel d’une ville relativement méconnue . Après avoir présenté sa candidature au patrimoine mondial de l’Unesco, la métropole lorraine pose la première pierre d’un centre de congrès aux ambitions internationales. Lequel s’ajoute à plusieurs grands projets signés par des architectes parmi les plus réputés.

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