4 à 4 au musée Paul Valéry de Sète

Offrir les cimaises du musée Paul Valéry de Sète à quatre artistes contemporains est le parti pris de la conservatrice Maïté Vallès Bled, et cela tous les deux ans. Pour cette deuxième édition de « 4 à 4 », ont été sollicités des artistes aussi différents qu’il est possible, Nick Erving, un artiste des nouvelles technologies, Joël Leick, un artiste du collage, Albert Woda, un artiste artisan de l’ombre et Philippe Pradalié, un artiste des lignes et de la lumière.

NOITULS, 2013 Impression montee sur Plexiglas © ADAGP Paris 2016
Nick Erving – NOITULS, 2013 Impression montée sur Plexiglas © ADAGP Paris 2016

Nick Erving vient du pays flamand. Il a apprivoisé l’impression en 3 D, le polyester, le polyuréthane, le polyamide, les jeux vidéo et la SF. Des formes étranges prennent forme sur son ordinateur, puis elles sont déclinées, propres et lisses, parées de laques éclatantes, le jaune étant la couleur de prédilection. Les œuvres sont affublées de titres étranges, la base est du flamand, mais passée à la moulinette du cerveau, cela devient un langage hermétique, compréhensible par une poignée d’initiés parlant flamingant.

Ysé et le paysage, 2015, Huile, crayon, photographie sur panneau en fibre de bois, 46 x 38 cm © DR
Joël Leick – Ysé et le paysage, 2015, Huile, crayon, photographie sur panneau en fibre de bois, 46 x 38 cm © DR

Joël Leick est un poète, il met en relation un texte de sa main ou d’un écrivain ami avec un décor, chic et sobre ; tout fait sens pour lui, un élément du corps, une feuille morte ; un pinceau et de l’encre de chine font ressortir un quatrain ou une strophe écrite de la main de l’artiste. Pour cette exposition, il a travaillé plus spécifiquement sur de petites planches de bois. Il transfert des photos sur le support et les « habillent ». Il a mis en image un herbier extraordinaire et il utilise tout ce qui est utilisable, par exemple des calques d’architecte qu’il réinvente à l’aide d’un pinceau, il redonne vie à de vieux passe-partout qui ont fait leur temps. Tout un univers mis en image.

Paysage aux creux de mes mains, 2015 Huile sur toile, 130 x 195 cm © Marc Gourmelon
Albert Woda – Paysage aux creux de mes mains, 2015 Huile sur toile, 130 x 195 cm © Marc Gourmelon

Pour Albert Woda, la peinture n’a pas besoin de mots. La toile doit parler d’elle-même. Peindre est un travail long et difficile, avec beaucoup de repentir. Il veille même à ce que le travail ne soit jamais terminé. Woda développe une idée très intéressante sur la lumière qu’il fait surgir du noir. Il démarre son travail toujours de la même façon. Il recouvre sa toile du noir le plus mat possible et il fait surgir les formes, met de la couleur. Sa toile peut rester noire longtemps. Le syndrome de la page blanche inversée. Sa peinture peut être vue comme une manière noire colorée. Il applique la même technique à la gravure. Là encore, Woda a un point de vue très arrêté. La gravure est conçue pour figurer dans un livre en illustration d’un texte, c’est un art populaire qui doit le rester. Sa plaque est, elle aussi, préparée au noir, ainsi il fait surgir la lumière à l’aide d’un poinçon ou d’un burin. A l’arrivée, l’artiste propose une œuvre très énigmatique, tout en clair obscur, la forme surgissant de la nuit.

Quai Paul Riquet - 1994 - Huile sur toile 130 x 162-cm-© Gabrielle-Voinot
Philippe Pradaliè – Quai Paul Riquet – 1994 – Huile sur toile 130 x 162-cm-© Gabrielle-Voinot

Le quatrième artiste est Philippe Pradaliè qui a décidé de tirer sa révérence en septembre 2015. La conservatrice du musée a choisi de présenter trois époques et trois manières du peintre. Le travail accompli à Sète dans les années 90, « Les quatre saisons » en hommage et référence à Nicolas Poussin, en 2010, et le travail fait à Rome. Les toiles faites à Sète et Rome sont intimement liées par la lumière, cette lumière chaude et crue du midi qui, à certaines heure du jour, rend toutes les lignes, tous les reliefs si aigus, le contraste d’un pin parasol ou d’un cyprès presque noir avec un ciel bleu profond, des maisons de modestes pêcheurs ou patriciennes, maisons blanches au blanc presque trop blanc, une barque rouge, un empilement de palettes au brun chaud sur un quai, des containers. Tout est dit de Sète ou de Rome en de grands aplats de couleur. Philippe Pradalié était un grand admirateur de Gustave Courbet et de Frédéric Bazille, le peintre de Montpellier, tué, pendant la guerre de 1870, à 28 ans. Le point commun à tous trois est évidemment la lumière. Pradalié vivait entre deux pôles, Paris et Clermont L’Hérault à une portée d’arbalète de Sète. Son troisième point d’ancrage étant Rome. Avec comme moteur essentiel, toujours la lumière. Mais cette géométrie du paysage n’est pas sans évoquer Edward Hopper. La netteté des lignes, qui emmène le regard à un point précis de la toile, ou le dénuement du décor, peu habité par les humains.

Vue de Rome, Ombres sur les Pins au Circo Massimo - 2013 - Huile sur toile 130 x 195 cm © DR
Philippe Pradaliè – Vue de Rome, Ombres sur les Pins au Circo Massimo – 2013 – Huile sur toile 130 x 195 cm © DR

Il professe aussi une grande admiration pour le peintre Nicolas Poussin ; à l’instar de son maître par delà les siècles, il tombera amoureux de la Ville éternelle et y fera de longs séjours. En hommage et en référence au maître du classicisme français, il peindra « Les quatre saisons », toiles monumentales qui reprennent les codes et la composition des toiles initiales, revus et corrigés par les années 2000 et ses mœurs.

Ce « 4 à 4 », très éloigné du conformisme artistique ambiant, montre la richesse, la diversité et la créativité des artistes contemporains. C’est à voir jusqu’au 22 mai au musée Paul Valéry de Sète.

Musée Paul Valéry – Rue François Desnoyer34200 Sète

Renseignements au 33(0)4 99 04 76 16 – Fax : +33 (0)4 67 74 40 79

Email : museepaulvalery@ville-sete.fr

Horaires : Le Musée est ouvert tous les jours sauf le lundi.