8 AVENUE LENINE, UNE ROM SI HEUREUSE EN FRANCE

« Les Roms, c’est impossible de les intégrer ». Par l’exemple de Salcuta Filan qu’elles ont suivie pendant quinze ans, les documentaristes Valérie Mittaux et Anne Pitoun montrent qu’il peut en aller tout autrement. Le film «  8 avenue Lénine – heureuse comme une Rom en France » décrit les étapes d’une intégration réussie, faisant fi des préjugés les plus courants.

Branle-bas dans le campement de Roms. Dans ce soir d’hiver l’angoisse émerge. On sait que la police va intervenir. Quelque 80 personnes seront évacuées et leurs roulottes  détruites. Il y a des enfants, des personnes âgées. La municipalité d’Achères avec l’aide de bénévoles, dont une institutrice, Maden Gerbin, décident de sauver trois familles dont les enfants sont scolarisés.

Nous sommes en 2003. Là, commence l’histoire de Salcuta Filan. Les réalisatrices Valérie Mittaux et Anne Pitoun vont la suivre pendant quinze ans, et faire le récit des étapes son évolution dans la société française, un exemple d’intégration réussie.

Salcuta a choisi de venir en France, « parce que les enfants vont à l’école de 6 à 16 ans ». Veuve depuis trois ans, elle veut donner un avenir à Denisa et Gabi, âgés alors d’une dizaine d’années.

L’arrivée des bulldozers qui démolissent le camps de Roms – des sédentaires précise le film – sera l’acte fondateur de son parcours d’intégration. Les circonstances sont favorables puisque que le souhait de la jeune femme rencontre la bienveillance et l’efficacité des multiples acteurs locaux, responsables politiques, scolaires et même religieux.

La première étape sera le relogement de la petite famille : une caravane achetée par la municipalité et dans laquelle les enfants s’émerveillent de voir qu’il y a l’électricité, un évier avec de l’eau, et luxe suprême, une douche ! Salcuta commencera à planter des pétunias sur le talus qui entoure la caravane. Un signe riche. A l’opposé d’une image courante, elle montre qu’elle prend soin de son environnement. Et qu’elle y repique ses propres racines.

Au long des quinze années, on voit Salcuta maîtriser de mieux en mieux la langue française, elle qui ne parlait que le roumain. Elle commence à travailler comme femme de ménage. Obtient un HLM, où « il y a une baignoire» et une chambre pour chacun. Un grand moment d’émotion est celui où elle obtient son passeport. Elle est même présente au dépouillement des votes lors des élections municipales et apprend qu’elle aurait pu voter, si elle avait su qu’elle pouvait s’inscrire sur les listes électorales.

Les enfants grandissent, se marient, ont à leur tour des enfants.

« Je rajeunis de dix ans » commente le maire Alain Outreman  qui marie Denisa, arrivée dans sa robe blanche à frou-frou et dentelles. « Nous avions raison de nous battre pour vous » poursuit le maire. « Nous avions raison de jouer la solidarité et de dire que vous pouvez vous intégrer et enrichir de vos différences la société française ».

Le film s’appelle « 8 avenue Lénine, heureuse comme une Rom en France ». C’est l’adresse du HLM de Salcuta. Le symbole de son intégration.

 

Elsa MENANTEAU

 

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