Amour de Don Perlimplin avec Bélise en son jardin

Si jolie Belise © DR
Si jolie Belise © DR

Don Perlimplin est un petit personnage qui faisait le délice des aleluyas, ces images d’Epinal espagnoles, qui se vendaient trois francs six sous au XVIIIe siècle. Federico Garcia Lorca, grand amateur d’arts populaires, s’est emparé de ce Perlimplin pour écrire une pièce de théâtre. Il a commencé à y travailler très jeune et a considéré qu’elle était terminée deux ans avant sa mort.

Son premier jet prévoyait comme cadre un théâtre de marionnettes. Durant sa jeunesse, il écrivait, avec Manuel de Falla des pièces pour marionnettistes. Et puis l’écriture a évolué pour aboutir à cet « Amour de Don Perlimplin avec Bélise en son jardin » au sous-titre évocateur, Alléluia érotique. Ce pourrait être une farce, ce pourrait être un drame, c’est selon. Ou la vérité est peut-être entre les deux. La compagnie des Oiseaux migrants a choisi d’explorer la face sombre de la pièce, les amours interdites, contrariées, cachées, quelque soit leur nature, la différence d’âge, le frère et la sœur, les hommes avec les hommes et les femmes avec les femmes.

Perlimplin et Belise © DR
Perlimplin et Belise © DR

A travers un parti pris de mise en scène, il est rappelé que Federico Garcia Lorca avait caché son homosexualité (dans les années 30 c’était une situation intenable) et en avait souffert toute sa vie. C’est cette souffrance qui exsude de toute l’œuvre de Lorca. La metteuse en scène, Dolores Lago Azqueta, a choisi de faire jouer Belise par un homme. Belise, une beauté de 20 ans, qui épouse un vieux barbon, barbon qui n’a jamais aimé, mais qui tombe éperdument amoureux d’elle en l’admirant par un trou de serrure. Et il entreprend de la séduire, masqué, tel un Cyrano de Bergerac, lui écrivant des poèmes qui enflamme la chère Belise. Auparavant Belise a accumulé les amants, en toute liberté, au su et au vu de tous, amours hétérosexuels donc tolérés, puisque la petite est mal mariée.

En rappel de l’intention première de Lorca, des marionnettes occupent une place de premier plan. Elles assurent le fil de l’histoire avec l’aide de Marcolfe, la servante de Don Perlimplin, qui est aussi la narratrice. Ils sont trois sur scène, Jean-Philippe Marie, Belise, Mario Tomás López, Don Perlimplin, et Eleonora Rossi, la servante. Ils sont épatants, livrant leur traduction du texte original, tout en entre-mêlant le propos de quelques vers en espagnol, clin d’œil à la musicalité de la langue de Lorca.

Borrachitos © DR
Borrachitos © DR

Cet « Amour de Don Perlimplin avec Bélise en son jardin » est un pur moment de théâtre et de poésie. Instant rare, en guise de rappel, les comédiens et la metteuse en scène sont venus discuter avec le public, expliquant leur démarche, et ont lu quelques poèmes du poète assassiné, dont le magnifique « Llanto por Sanchez Mejias », écrit pour son ami torero tué par un taureau en 1934.

C’est jusqu’à la fin février, à 19 h, du mercredi au samedi, à la manufacture des Abbesses.

http://www.manufacturedesabbesses.com/

7 rue Véron – 75018 Paris – Tél. : 01 42 33 42 03