Angelin Preljocaj : ancrer la danse dans la mémoire


Rudolf Noureev, Serge Diaghilev, deux figures qui ont marqué la destinée d’ Angelin Preljocaj. Au moment où le Centre National du Costume de scène lui consacre une exposition, à l’occasion des trente ans du Ballet Preljocaj, le chorégraphe parle de son grand dessein : ancrer la danse dans la mémoire.

AngelinPreljocaj2014 -® Joerg Letz« Rudolf Noureev était suspendu, dans un saut d’une grâce absolue. La légende disait « Noureev transfiguré par la danse »… » C’est cette photo, une image figée qui décidera de sa vie. Etincelle. Touché au plus profond, Angelin Preljocaj, alors ado prend son kimono de judo, un tee-shirt et va suivre son premier cours de danse. L’alchimie est immédiate.

Clin d’œil du destin encore. Bien des années plus tard, en 1989, Noureev assiste à la première du ballet Noce. « Quelques jours après, Noureev m’invite à déjeuner ! C’était mon idole ! » se souvient le chorégraphe Sa troupe n’avait que cinq ans… « Noureev était alors directeur de la danse à l’Opéra de Paris. Il était intrigué par mon travail. Et il me propose de créer pour une grande troupe. Il m’a dit qu’il pensait que j‘étais capable de travailler avec un grand nombre de danseurs ». Noureev, très malade a quitté la direction du Ballet de l’Opéra de Paris peu après. Ses successeurs ont pris le relais. C’est ainsi qu’est né Parade, présenté en 1993 à l’Opéra Garnier.

Après s’être formé à la danse classique puis à la danse contemporaine auprès de Karin Waehner, Angelin Preljocaj part à New York en 1980. Il y travaille avec Zena Rommett et Merce Cunningham.

A  l’opposé des tendances des années 1980, Preljocaj de retour en France, crée sa propre compagnie en1984, à Champigny, en région parisienne. « Je voulais créer une troupe pour que le métier de danseur soit valorisé. » explique-t-il.

En 2006 le Ballet Prelocaj s’installe à Aix en Provence. Pour lui, l’architecte Rudy Ricciotti a conçu un nouveau lieu, le Pavillon Noir, dédié à la danse. La troupe y travaille et présente des spectacles, les siens comme ceux de compagnies invitées.  Pour ce bâtiment de 3000 m2 aux parois de verre, Ricciotti a été récompensé du Grand Prix National d’architecture. Sa transparence, explique encore Preljocaj « met la danse au cœur de la ville« .

Suivront mille ans de calme, Création 2010. Chorégraphie Angelin Preljocaj / Ballet Preljocaj & Théâtre du Bolchoï © Jean-Claude Carbonne
Suivront mille ans de calme, Création 2010. Chorégraphie Angelin Preljocaj / Ballet Preljocaj & Théâtre du Bolchoï © Jean-Claude Carbonne

Caratéristique de la démarche de Preljocaj, l’association  au processus de création, d’artistes, de plasticiens, de dessinateurs, de peintres, de musiciens, d’écrivains venus de tous horizons artistiques comme géographiques.  Des exemples ? L’écrivain  français Eric Reinhardt  est intervenu dans Siddharta (2010), le peintre japonais installé à Paris, Aki Kuroda dans Parade, le créateur de mode russe Igor Chapurin et le plasticien indien Subodh Gupta dans Suivront mille ans de calme.  Seraient-ce les origines familiales de Angelin Preljocaj – il  est né en France  en 1957 de parents albanais – qui l’ont conduit parfois à travailler avec des artistes issus de la mosaïque des Balkans ?  Parmi eux se comptent en effet, le dessinateur Enki Bilal, né en Serbie qui a œuvré  pour le ballet Romeo et Juliette, et le musicien Goran Vejvoda, toujours pour Romeo et Juliette (1990). Il fera de nouveau appel à lui pour le Parc en 1994.

«L’image des ballets russes de Diaghilev me poursuit.  La danse pour moi, n’est pas l’art de l’éphémère. Je suis  très attaché à la mémoire de la danse. La musique est ancrée dans la mémoire. J’ai toujours pensé qu’il fallait en faire de même avec la danse ». Il ajoute : « La mémoire  permet de lutter contre la barbarie ».

 

Elsa Menanteau

Photo de « Une » : Les 4 Saisons… Création 2005. Chorégraphie d’Angelin Preljocaj / Ballet Preljocaj © Jean-Claude Carbonne 

 

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