Art contemporain à l’abbaye d’Auberive

Monastère, filature de coton, prison pour femmes, colonie de vacances, centre d’art contemporain…Quelle destinée pour l’abbaye d’Auberive ! De centre cultuel à centre culturel, elle  raconte neuf siècles d’histoire.  A sa tête, Jean-Claude Volot, collectionneur passionné et industriel .

« Je suis le dernier abbé d’Auberive ». Jean -Claude Volot plaisante, à moitié. Lorsqu’il  nous introduit dans  l’immense abbaye d’Auberive, située à quelques kilomètres de Langres (Haute Marne),  ville natale de Diderot,  Jean-Claude Volot rayonne. Cette abbaye, il l’a rachetée en 2004 à la fois pour y abriter les quelque 2500 œuvres d’art dont il a fait l’acquisition depuis trente-cinq ans et pour en faire un lieu d’exposition.

 

 1 (c) Abbaye d'Auberive
Auberive – l’aile ouest, 65 m de pur classicisme

Originaire de Haute Marne tout comme son épouse Dominique, il  dit avoir pris cette décision non seulement parce qu’il en avait formulé le projet d’ exposer une collection qui s’enrichissait sans cesse. Mais aussi parce que sa fille, Alexia Volot, formée par la prestigieuse Ecole du Louvre était prête à prendre les rênes du futur établissement.

Le pari de Jean-Claude Volot était osé. Restaurer de vastes bâtiments qui nécessitaient des travaux majeurs, réhabiliter des hectares de jardin dont il a voulu retrouver les dessins d’origine, animer  cet ensemble par des expositions annuelles d’art contemporain, le tout avec de seuls fonds privés, relevait d’une véritable gageure. Et de surcroît se lancer dans une telle entreprise au cœur d’un département rural, peu peuplé (180 000 habitants) et dont la ville principale, Langres n’atteint pas 8 000 habitants supposait des moyens… et un grain de folie.

Abbaye d'Auberive - l cloître
Abbaye d’Auberive – le cloître

Jean-Claude Volot le concède sans détour. « Oui, j’ai gagné beaucoup d’argent. Et je préfère l’investir dans l’art et ici ». Sous-entendu « plutôt que dans un paradis exotique ».

 

Jean-Claude Volot n’est pas tombé tout petit dans le monde de l’art. Né dans une famille modeste, il a suivi un cursus d’ingénieur des Arts et Métiers.  Il a créé une activité dans les polymères « haut de gamme » utilisés par l’aviation. Œuvrant dans la maintenance aéronautique et dans la formation des techniciens locaux, il est à la tête d’un groupe implanté en Europe, en Amérique, en Asie, au Moyen Orient et travaille avec de nombreuses compagnies aériennes.

La première œuvre d’art qu’il a achetée,  tient du hasard, à la suite d’une vente où un ami l’avait emmené. Le bouleversement qu’il a ressenti l’a conduit à poursuivre. Il acquiert au fil des ans peintures, dessins, collages, sculptures, photographies.

Plaisir, intuition, émotion guident ses achats. Le thème de l’humain en est le fil conducteur.   Depuis, il n’a pas pratiquemment rien revendu.  Jean-Claude Volot qui se définit comme « un collectionneur enragé, passionné » explique avoir choisi d’exposer  ses œuvres « au  risque, écrit-il, de se faire traiter de dangereux mégalomane ».

Il commente avec humour «Collectionner, c’est ma névrose. Enfant je collectionnais déjà les timbres »

Dans son fonds se retrouvent Pierre Bettencourt, Jean Rustin, Patrice Cachin, Paul Reyberolles, José Garcia, TelmaDu Zhenjun, Maryan, Ernest Pignon-Ernest…  Le visiteur de l’abbaye  peut ainsi découvrir de nombreuses œuvres issues de la collection permanente, en plus de l’exposition temporaire consacrée cette année à Dado.

Chaque année en effet depuis 2005, une exposition met en valeur un des artistes de la collection.

 

L’abbaye d’Auberive sert d’écrin (et de réserve) à la collection  Fondée en 1135 par Bernard de Clairvaux, dans l’esprit de rigueur et d’austérité, elle connut bien des évolutions, épanouissement, déclin, pillages en période de guerre… Dans la première moitié du XVIIIe siècle, une partie du monastère est rénovée, l’aile ouest, 65 mètres de longueur, toute de classicisme, est construite pour accueillir les visiteurs de haut rang. Après la Révolution, qui a chassé les huit moines d’Auberive, l’abbaye est rachetée par un homme d’affaires, le gendre de Diderot. Il y installera une filature de coton. Il importe des machines d’Angleterre et fait travailler une cinquantaine d’ouvriers dont deux-tiers d’enfants.

Paul Rebeyrolles - D'oeuf et de chair, 1986,huile sur toile, 260x162 cm
Paul Rebeyrolles – D’oeuf et de chair, 1986,huile sur toile, 260×162 cm

En 1856 l’Etat se porte acquéreur de l’abbaye pour en faire une prison de femmes, la centrale de Clairvaux à une quarantaine de kilomètres de là,  étant déjà surpeuplée. La prisonnière la plus célèbre sera Louise Michel. Elle restera vingt mois avant d’être déportée en Nouvelle Calédonie en 1873.

Après un renouveau monastique (1925-1960), l’abbaye accueille une colonie de vacances pour les enfants du personnel de l’entreprise Solvay jusqu’à ce Jean-Claude Volot en devienne son propriétaire et son dernier « abbé ».

 

Elsa Menanteau


En juillet et en août 2015 des concerts, des ateliers, des stages de danse sont organisés dans l’abbaye.

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