Au royaume du burlesque

Affiche Cabaret Electrique 2016

Le Cabaret électrique est une invitation soit à un voyage dans le temps soit à une culture résolument alternative, soit les deux à la fois. L’esthétique, les références, la musique sont franchement tournées vers les années 70, vers cette époque où création et liberté étaient quasiment synonymes, où la rentabilité n’était pas le maître mot. Combien d’artistes se sont perdus dans cette course incessante à l’argent et au succès.

Un grand moment de vérité © Hervé_PHOTOGRAFF_
Un grand moment de vérité © Hervé_PHOTOGRAFF_

Manifestement la troupe du Cabaret électrique a clairement tourné le dos à cette problématique. A commencer par les jolis serveurs androgynes, cheveux courts, robe pailletée ou torse nu, qui cassent les assiettes comme s’il en pleuvait, et semblent tout droit sortis d’un disque de Lou Reed revu et corrigé par Andy Wharol.

Toute la troupe est professionnelle et déjantée. Commençons par la musique. Mélanie Torrock, la bassiste coquine, en smoking seins nus, assure ; Maria Fernanda de Caracas en diva des faubourgs change de registre avec une facilité confondante ; Hervé Vallée, batteur chanteur et homme orchestre, alias Aka Tapman, est le maître d’œuvre, l’architecte du spectacle.

La troupe en piste rivalise de talent. Le strip-tease intégral est un grand moment qui rappelle « Burlesque » le film de Mathieu Amalric. La corde, le trapèze, le mât chinois, les contorsions, l’équilibrisme, la prestidigitation sont autant de moments savoureux. Le mât chinois s’effondre avec tant de réalisme que les spectateurs se précipitent pour ramasser la voltigeuse. Antoine Delon jongle avec le feu en apothéose d’une soirée originale.

Lalla Morte joue avec le feu © Hervé PHOTOGRAFF
Lalla Morte joue avec le feu © Hervé PHOTOGRAFF

Mais la palme ex-æquo revient à Lalla Morte et Kiki Picasso. Lalla Morte possède une beauté étrange et elle chante façon Niko ; dans sa version fakir, elle marche sur le verre cassé avec une grâce inimitable et joue avec le feu ; à l’entracte, elle se transforme en femme sandwich, offrant son corps, drapé de papier blanc, aux aspirants dessinateurs du public. Quant à Kiki Picasso, rescapé du groupe Bazooka, très élégant dans son costume noir bien coupé, il est très convaincant en Monsieur Loyal. Chic et alternatif, il demeure la conscience de la soirée, le fil conducteur. Toutes les transgressions sont possibles, mais avec désinvolture et légèreté.

C’est jusqu’au 26 mars, les jeudi, vendredi et samedi.

Cirque Electrique
10 place du Maquis du Vercors 75020 Paris
09 54 54 47 24