Archives pour la catégorie Voir

Expos, spectacles. Certains nous ont séduits, d’autres nous agacent. Notre avis et le vôtre.

CharlElie Couture-Passages, New-York en 27 toiles

CharlElie Couture expose au musée Paul Valérie de Sète jusqu’au 28 avril.
Drag your life-2016 © CharlElie Couture

CharlElie Couture appartient au cercle très fermé de ces artistes touche-à-tout qui caressent tous les arts et réussissent dans tous, chanson, musique, poésie, peinture, photographie, … Après des études aux Beaux-Arts de Nancy, dont il est originaire, il délaisse les arts plastiques pour se consacrer à la musique avec le succès que l’on sait. Il compose des musiques de films dont l’inoubliable Tchao Pantin. Il s’est essayé à faire l’acteur. On le trouve à l’affiche de deux films dans les années 80. Il enregistre 23 albums, le dernier ayant vu le jour en janvier 2019.

En 2003, lassé de la notoriété, il part s’immerger à New-York, anonymat garanti grâce à la démesure et au gigantisme de la Grosse Pomme. Il s’est remis à la peinture. Il n’avait sans doute jamais arrêté, mais ces quinze dernières années, CharlElie s’y est consacré à plein temps. Maïté Bled et le musée Paul Valéry de Sète ont l’excellente idée de lui consacrer leur exposition de printemps. Elle matérialise, au travers de 27 œuvres, le regard de l’artiste sur la ville qui ne dort jamais.

La démesure de New-York est omniprésente, buildings titanesques, obscurs comme le charbon, zébrures noires et blanches démesurées, matérialisant des passages piétons, mais marquant la toile comme le Z vengeur d’un Zorro citadin et yankee, une foule grouillante, mais toute petite et sans visage. Les silhouettes ont la tête baissée, rentrée dans les épaules. Sur certaines toiles, un visage en contour laisse voir la ville tel un rouleau compresseur, vidant/lavant le cerveau de ses occupants. A moins qu’il ne s’agisse de l’expression d’une gigantesque solitude, qu’aucun mot ne saurait exprimer.

La technique de CharlElie Couture est très originale, il photographie une vue, il en fait un tirage, il peint dessus, photographie le résultat, et recommence jusqu’à ce que le résultat lui convienne. Le processus peut être très long. Travail d’un perfectionniste. Toutes ses toiles sont le résultat de techniques mixtes, le support pouvant être une toile classique, un rideau de douche, une bâche de vynile, du carton, du bois.

Rnd Mantegna © CharlElie Couture

CharlElie peint sa propre contradiction, il aime la ville, en a besoin pour sa survie. Dans le même temps, il reproduit une cité inhumaine qui écrase les hommes et les femmes, et les enferme dans une solitude affreuse. Toutes ses toiles laissent transpirer ce malaise, l’homme couché sous un passage piéton en est la parfaite illustration. C’est d’ailleurs toute la force de cette exposition qui montre une sensibilité à fleur de peau, sans les filtres d’usage.

Renseignements sur le site du musée Paul Valérie

FRAGMENTS DE FEMMES : UN KALEIDOSCOPE DE LA VIE QUOTIDIENNE

Elles sont trois femmes. Elles  racontent des morceaux de vie. La vie de la femme d’aujourd’hui. Ou plus précisément des femmes dans leur quotidien. Les préoccupations sont universelles. Elles traversent le temps –  amour, sexe, famille, travail – et émaillent de rêve et de réalité les  25 monologues et scénettes signées Fabien Le Mouël. A voir au théâtre de la Contrescarpe.

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8 AVENUE LENINE, UNE ROM SI HEUREUSE EN FRANCE

« Les Roms, c’est impossible de les intégrer ». Par l’exemple de Salcuta Filan qu’elles ont suivie pendant quinze ans, les documentaristes Valérie Mittaux et Anne Pitoun montrent qu’il peut en aller tout autrement. Le film «  8 avenue Lénine – heureuse comme une Rom en France » décrit les étapes d’une intégration réussie, faisant fi des préjugés les plus courants.

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La Fabrique du Luxe au siècle des Lumières

A la confluence du beau, de l’art et du commerce, les marchands merciers parisiens au XVIIIe siècle étaient les acteurs  de l’industrie du luxe. Au coeur  d’un réseau aux ramifications  mondiales, cette activité est aujourd’hui méconnue. Dans une belle et intelligente exposition,  le musée Cognac Jay,  à travers des objets remarquables et l’histoire de maisons célèbres permet de redécouvrir le fonctionnement, la vitalité, le rayonnement international de cette corporation qui a contribué au prestige de Paris au temps des Lumières.

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AnnMarie Tornabene ou la réparation de soi par la photographie : Quand le vilain petit canard devient cygne

AnnMarie Tornabene est une artiste photographe tout à fait singulière, atypique et presque hors du temps.  Son univers est à la fois étrange, symbolique et romantique. Depuis de nombreuses années, elle explore son corps et son rapport à celui-ci dans un travail qui a toutes les vertus thérapeutiques de la photographie : réparation, réconciliation et restauration de la confiance en soi.  

AnneMarie Tornabene est une photographe New-yorkaise qui vit depuis 3 ans en proche banlieue parisienne où elle s’est installée après avoir rencontré l’amour par-delà les océans. Elle consacre l’essentiel de son travail photographique à l’autoportrait et à son corps. Un corps qui l’a souvent tourmentée parce que non conforme aux canons de la beauté classique, un corps trop gros  et donc jugé laid dans une société qui valorise à l’excès la perfection et voue un culte à la maigreur.  Un corps qu’elle n’hésite plus à exposer et à mettre en lumière, que ce soit dans ses photographies ou en tant que modèle vivant.

AnnMarie est diplômée de l’Université de Long Island à New York. Elle a remporté de nombreuses récompenses et exposé son travail à l’échelle internationale. Ses photographies ont été commentées dans le New York Times, Newsday et d’autres journaux locaux et publiées en ligne dans des magazines et blogs d’arts. Elle est intervenue lors de conférences universitaires et dans des clubs d’artistes. Ses images ont inspiré essais et poèmes et ont fait partie de plusieurs collections internationales aux USA, Canada, Grande Bretagne, Hongrie, et Japon.

Victime de préjugés et de moqueries sur son poids; ainsi, qu’enfant, de la malveillance de sa propre mère qui ne cessait de lui répéter qu’elle était laide, AnnMarie a fini par en être persuadée et par perdre toute confiance en elle. Jeune artiste, elle photographiait des modèles qu’elle trouvait beaux. Mais, elle s’est aperçue en discutant avec eux qu’ils avaient souvent une image très négative de leur propre corps. C’est à partir de ce moment qu’AnnMarie a commencé à réaliser des autoportraits et à entamer un processus d’acceptation d’elle-même qu’elle poursuit également en posant comme modèle vivant. Pour elle, se photographier et s’exposer, relèvent d’un même processus. AnnMarie en convient, la photographie est thérapeutique et peut aider des personnes qui ne s’aiment pas à mieux s’accepter.

Malgré une perte importante de poids qui a laissé des traces visibles sur son corps, la photographe poursuit toujours son lent travail de réconciliation, mais d’une manière plus détournée et métaphorique.

Désormais, après être passé de l’argentique au numérique, elle se photographie  en se mettant en scène dans des décors de rêve ou de cauchemar (cimetières, ruines…). Sa longue chevelure rousse pré raphaélique ondulant sur sa peau laiteuse, vêtue de robes vaporeuses et transparentes qui cachent autant qu’elles révèlent son corps, ou juste nue, elle se métamorphose en princesse, déesse, créature hybride et mythologique. AnnMarie s’est créé sa propre mythologie et sa propre symbolique où se retrouvent des animaux comme le corbeau, la colombe, le cygne, le mythe de Peau d’Ane, l’horloge. Son travail n’est pas sans nous rappeler la célèbre phrase de Shakespeare dans La Tempête :  We are such stuff as dreams are made on, and our little life is rounded with a sleep.

Il émane de ces images qu’elle travaille à la manière des pictorialistes une certaine tristesse poétique mêlée à une profonde sensualité.

 

A aucun moment AnnMarie ne s’exhibe. Nous n’avons pas non plus le sentiment d’être voyeurs en la regardant.  Sous nos yeux émerveillés, elle se poétise, « s’onirise », se transforme : « le petit canard devient cygne », aime-t-elle à dire. Peu à peu, elle apprend à s’accepter, à s’aimer, et nous avec elle. N’est-ce pas ce que l’on attend de l’art ?

Site de l’artiste :

http://www.annmarietornabene.net/index.html