Concours de pâtisserie : qui sera la meilleure ?

 

 

La pâtisserie comme facteur d’émancipation féminine ? C’est à ce savoureux paradoxe que se livre Sarah Vaughan dans « La meilleure d’entre nous ». Son premier roman, paru chez Préludes.

Dans « La meilleure d’entre nous »,  Sarah Vaughan, 42 ans, qui a été dix ans journaliste au Guardian, campe les portraits de quatre femmes représentatives de la middle class britannique d’aujourd’hui.

Elles, (et un homme) vont confronter leurs talents de pâtissiers amateurs dans un concours retransmis sur les réseaux sociaux et présenté dans le magazine d’une chaîne de distribution alimentaire.

Pour les candidats, l’enjeu est de taille. La lauréate (ou le lauréat) recevra une prime de 50 000 livres (60 000 €). Elle (ou il) succèdera à Kathleen Eaden, l’auteur d’un célèbre manuel de pâtisserie des années 1960, une bible  – un peu l’équivalent british  et tout sucre de  « Je sais cuisiner»   de notre Ginette Mathiot nationale. De surcroît, la gagnante remplacera auprès du public,  Kathleen, qui a été l’égérie de la chaîne de distribution, et l’épouse du créateur heureux de la chaîne de magasins.

 

Mais Sarah Vaughan montre que,  les enjeux, non formulés vont bien au-delà de l’aspect ludique ou financier. Ils touchent, pour chacune des femmes particulièrement, à l’intime.

Il y a d’abord Jenny. Elle a passé la cinquantaine. Ses trois filles, jeunes adultes vivent ailleurs. Le mari, fuit la cuisine et le lit de sa femme. Il court le marathon et le guilledou. Régime minceur et yeux doux à la femme de son meilleur ami. Jenny déprime.

Vicky, jeune mère a renoncé à sa vie professionnelle pour se consacrer à 100% à son gamin de trois ans. Au grand dam de sa mère, une femme peu affectueuse, qui a fait de son métier son principal centre d’intérêt. Vicky est indéfiniment à la recherche de sa reconnaissance.

Karen richement mariée, passe du temps à faire des gâteaux dont elle recherche la perfection esthétique. Mais elle n’y goûte jamais. Quel drame, quel secret cache son anorexie ? Son fils de 17 ans semble pouvoir percer l’armure.

Claire enfin, la benjamine, mère célibataire, gagne – mal – sa vie derrière la caisse d’un supermarché Eaden. Elle qui n’a pu faire d’études pour prendre en charge seule la petite fille que lui a laissée son amoureux, manque de confiance en elle et se résigne à une vie sans horizon.

Contrairement aux concours qui exacerbent l’esprit de compétition et l’individualisme, celui-ci va  rapprocher la plupart des candidats, faire émerger compréhension et solidarité. « Ce sont des gens gentils » commente l’auteur.

La succession des épreuves qui se déroulent sur trois mois, permettra à chacun de découvrir un pan de sa personnalité, et gagner la force de sortir d’une emprise inconsciente, familiale ou sociale.

En contrepoint de ces parcours d’aujourd’hui, le roman égrène  la vie de Kathleen Eaden. Empreinte des valeurs du passé Kathleen prône le rôle de la femme au foyer entièrement dévouée à sa famille;

 

L’auteur, Sarah Vaughan dans ce premier roman, a bien mené une intrigue où se croisent plusieurs destins assez typiques de nos sociétés occidentales. Le principe du concours de pâtisserie, que nos écrans de télévision diffusent à l’envi, a aussi sa version d’outre-Manche. Sarah Vaughan s’en est inspirée. Même si le concours de « La meilleur d’entre nous » met en valeur plutôt la technique que la créativité, il montre que la douceur peut avoir un bel avenir « dans un monde de brutes ».

On peut dévorer, sans modération.

 

Elsa Menanteau


 

Sarah VaughanLa meilleure d’entre nous, par Sarah Vaughan

Editions Préludes@Librairie Générale française.

14.90€

 

 


 

Extrait

[Kathleen Eaden, prodigue ses conseils culinaires aux femmes,  dans les années 1960.]

« La pâtissière rusée sortira alors les délices des dîners : une mousse au ciron meringuée ou une mousse à la pomme, décorées avec de l’angélique et des cerises confites ; le vacherin, classique français, association divine de meringue, de crème fouettée et de purée de marrons ; un bavarois à la framboise, au café ou au chocolat ; une crème brûlée, ou comme nous l’appelons ici, crème de Cambridge.

Il est du dernier chic, pour les femmes qui s’inquiètent de leur tour de taille, de rejeter de tels desserts et de leur préférer un fruit ou l’un des yaourts allégés désormais disponibles dans tous les magasins Eaden. Mais nos maris et nos enfants continent à rêver d’un véritable entremets – et se sentent lésés si on leur refuse ce plaisir. Veillez à satisfaire leur désir au moins une fois par semaine et regardez-les savourer la moindre bouchée crémeuse !

Kathleen Eaden, l’Art de la pâtisserie, 1966