Derrière les montagnes d’Olivier Chenille

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Olivier Chenille et Joanna Preiss dans « Derrière les montagnes ». L’incommunicabilité entre une mère et son fils

Ils parlent. Ou plutôt ils racontent. Comme s’ils laissaient leurs pensées vagabonder devant le public. D’emblée le malaise devient perceptible. Ils sont côte à côte. Ils devraient être face à face. Lui, Seroja,  encaisse. Comme toujours. Catherine, la mère n’a d’yeux et de mots d’amour que pour Antoine, le « vrai fils », celui auquel elle et son époux ont donné jour. Un miracle de la biologie.

Assise sur un cube lumineux, le regard plein de lumières et de tendresse, Catherine revient sur son vécu de mère. Seroja adopté à sa naissance, peu avant celle si longtemps  attendue d’Antoine, ne cache pas son amertume, sa douleur aussi. Né en Hongrie d’une mère de 15 ans, danseuse ou prostituée, on ne sait pas très bien,  il avoue sa frustration. Sans doute a-t-il bénéficié du confort matériel d’une famille aisée, d’une belle maison, d’une piscine. Mais la tendresse, l’amour sans compter d’une mère, son estime aussi, lui ont fait défaut. Et la suractivité du père n’a rien permis de compenser.

Des moments durs où se révèlent la froideur de parents, la préférence, affichée sans vergogne pour un membre d’une fratrie, l’éviction, la rivalité et jalousie entre frères…Le drame ne fait que commencer. Dans cette pièce très  courte, Olivier Chenille va concentrer la tragédie, et plus exactement des tragédies humaines où vont se cumuler le suicide, l’inceste, le meurtre.

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Auteur et metteur en scène, Chenille incarne avec justesse ce fils tourmenté, qui aimerait tant dire à cette mère adoptive qu’il l’aime, et qu’il aimerait être aimé d’elle.

Joanna Preiss donne tout son talent à Catherine, cette mère injuste, inapte à prendre la mesure de son comportement, capable d’une violence inouïe et si vulnérable à la fois. Au point que le fils malaimé, spontanément l’entoure et la protège.

Ce drame – un rêve pour un psychanalyste – est magnifiquement accompagné par une musique bouleversante signée par Aaron  et des vidéos dont les mouvements, comme le flux et le reflux de la mer hypnotisent et donnent le vertige.

Le titre, « Derrière les montagnes » peut surprendre. Mais n’est-ce pas ce qui vient de là-bas, de très loin de soi, en apparence du moins, qui va ressurgir ?

 

La pièce se joue au Théâtre du marais jusqu’au 9 juin. Il faut aller la voir.

 

Elsa Menanteau

Théâtre du Marais

37 Rue Volta, 75003 Paris