L’intelligence du design, au Musée des Art et Métiers

Téléphones, ordinateurs, ampoules et lampes, ventilateurs, cocottes-minutes, matériel hifi, vélos… tous les objets technologiques qui nous environnent ont été façonnés par des designers. Mais le design n’a pas pour seule fonction de les embellir. Au coeur de la création, le designer adapte les inventions aux besoins des utilisateurs, facilite les processus de fabrication, est à son tour facteur d’innovation. Autour d’une centaine d’objets du quotidien,  l’exposition « Invention/Design, Regards croisés« , au Muséee  national des Arts et Métiers,  met en valeur le surplus d’intelligence qu’apporte le design

 

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Robe noire Issey Miyake@EM

Cette robe noire souple, ornée de voiles transparents est signée par Issey Miyake, le célèbre couturier japonais. Sa particularité ? Son matériau. On savait Miyake séduit par les innovations technologiques textiles. Il le démontre là encore. La robe est faite d’un matériau de recyclage de déchets plastiques. Le  composant est filé  comme …de la barbe à papa, dans une machine, réplique de celle qui produit la friandise si appréciée des bambins.

Cet exemple illustre l’une des démarches du designer, où son aptitude à la curiosité, « open minded » comme le disent nos amis d’outre-Atlantique, l’amène sur des terrains inconnus auparavant et donc, innovants.

L’exposition qui s’ouvre le  2 juin au Musée National des Arts et Métiers et que l’on peut visiter jusqu’au 6 mars 2016, permet d’appréhender ce qu’est le design au XXIe siècle.

Antoine Fenoglio et Frédéric Lecourt, commissaires de l’exposition et créateurs du studio Sismo en 1996, placent le design au cœur de la création.

Ils balayent l’idée communément reçue selon laquelle « le design se limitait à une simple intervention sur la peau des objets ». Pour eux, le design, après l’invention, entre dans le processus de création. Il  va adapter le produit pour les usages attendus par le public, améliorer les processus de fabrication, optimiser les techniques.

Cette exposition Invention/Design, Regards croisés est organisée autour de quatre thèmes qui marient le travail des inventeurs et des designers : l’essentiel, l’audace, le contexte et la curiosité. Elle allie des objets du passé et leur version actuelle, ou des objets qui n’ont a priori aucun rapport d’usage entre eux, mais qui sont issus d’une même technologie de base.

Siège Uncut de Ron Arad 1997 en aluminium @EM Centre Pompidou
Siège » Uncut » de Ron Arad (1997) en aluminium @EM
Centre Pompidou –

Un exemple ? Le fauteuil du designer israélien Ron Arad, fait tout d’un bloc, par emboutissage…comme le sont les cocottes-minute. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ce siège voisine la collection de marmites, qui va du « prototype » à vapeur de Denis Papin (1679) à l’autocuiseur SEB (2013) connecté à un smartphone ou une tablette et qui  avec une application dédiée, permet de réaliser une multitude de recettes.

A mille lieux de nos préoccupations domestiques, le designer afghan Massoud Hassani est à l’origine du Mine Kafon. Construite avec du bambou et des plastiques biodégradables, d’un diamètre de 1.90m et pesant 70kg, cette boule dirigée via un GPS intégré, fait exploser toutes les mines antipersonnel rencontrées sur son passage !  Avec cette invention, Massoud Hassani montre à quel point un designer peut être capable de répondre – avec des « bouts de ficelle » – à des préoccupations majeures du milieu dans lequel il vit. On peut espérer que nombreux seront les pays affectés par ce fléau, qui y auront recours.

Mine Kafon, Massoud Hassani, 2011 ©Hassani Design
Mine Kafon, Massoud Hassani, 2011
©Hassani Design

Autre domaine d’intervention du designer : la recherche de la simplicité à l’adresse des utilisateurs. Il en va ainsi, explique le Professeur au CNAM, Gilles Garel, du smartphone. Il a été le premier à avoir été diffusé à partir de 2007 sans notice d’explication. Il cite également Bang et Olufsen. Cette marque très connue par son excellence technologique dans le domaine de la hifi, est aussi reconnue par la qualité du design de ses produits et leur simplicité d’utilisation. Au Professeur Garel de conclure : « C’est très compliqué de faire simple ».

 

Elsa Menanteau


 

Informations pratiques

Musée  national des Arts et Métiers

60 rue Réaumur – 75003 Paris

Ouverture du mardi au dimanche de 10h à 18 h.

Nocturne le jeudi jusqu’à 21.30h

www.arts-et-metiers.net