Ecriture, écritures, la typo dans tous ses états

 

Alors que le 20 mars s’ouvre à Paris le Salon du livre, POUR NOUS LES FEMMES propose de retrouver trois événements qui mettent en valeur l’écriture : la BnFet la RATP pour  Ecritures du monde, France Culture pour Sacrés caractères, et la Maison de Balzac pour Ecritures Dessinées.

Sur le site de France Culture on peut retrouver et se délecter d’une douzaine de mini-vidéos, présentées en novembre dernier à la Gaîté Lyrique « Sacrés caractères », la première série de films sur la typographie et réalisée par : Thomas Sipp et Serge Elissalde

Ce remarquable ensemble de courts-métrages  détaille avec verve et humour l’histoire, le sens et l’utilisation récente des polices de caractères.

« Dans notre quotidien nous sommes confrontés, sans en avoir une conscience explicite. Times, Futura, Helvetica, Mistral, Bodoni, Garamond … ces « sacrés caractères » sont des intimes inconnus que nous fréquentons sans même le savoir.   » explique France Culture. Ils sont partout, dans nos livres, nos ordinateurs, notre courrier, les publicités, sur les routes, les affiches. Leur variété est immense. Tout comme la créativité de ceux qui en sont à l’origine.

France Culture :Sacrés caractères

 

Aussi savez-vous que le gotham est la typo choisie par Barack Obama pour lancer sa carrière présidentielle, avec le succès que l’on sait ? Que le times new roman, tant utilisé dans notre quotidien fut inventé dans les années 1930, justement pour le quotidien britannique TheTimes : il lui fallait une typo chic, lisible, haut de gamme. Elle a été  inventée par Morrison. Le bodoni  pour sa part est né en Italie  il y a deux siècles. Son auteur Giambattista  Bodoni  était un imprimeur passionné. Quant à la police bodoni, elle est synonyme d’élégance et  de classe. C’est d’ailleurs celle adoptée par Calvin Klein. La comic sans, utilisée à toutes les sauces est la favorite des invitations confectionnées à l’occasion des anniversaires d’enfants. A l’inverse l’helvetica, toute de rigueur suisse, tracée au cordeau, nette et aérée, a été créée dans les années 1950 par des artistes influencés par le Bahaus et qui vivaient alors en Helvetie. Elle est aujourd’hui présente partout dans le monde et sur tous les matériaux, y compris les étiquettes d’entretien cousues dans nos vêtements.

Création et surréalisme à la Maison de Balzac

La Maison de Balzac, rue Raynouard dans le très chic 16e arrondissement de Paris accueille une curieuse exposition, joliment appelée « l’Ecriture dessinée, Rodin, Duchamp, Dotremont chez Balzac ». Le titre est attirant. L’exposition entend mettre en lumière l’attraction exercée par Balzac sur de grands artistes des 19e et 20e siècles aux rangs desquels Cocteau, Rodin, Pierre Alechinski, et particulièrement Christian Dotremont. Ce dernier, peintre et poète belge est entré dans le mouvement surréaliste en 1941, quand celui-ci était déjà dans sa phase de reflux. Dotremont fait partie des fondateurs du  fugitif (1948-1951) mouvement CoBra. CoBra, est l’acronyme  de Copenhague, Bruxelles, Amsterdam,  du nom des villes dont sont originaires les membres fondateurs. L’exposition porte une attention particulière aux apports de ce mouvement,  regardé comme approche des ressorts de la création artistique.

 

L’exposition met notamment en exergue une citation provocatrice de Dotremont  : « Ne faudrait-il pas s’élever surtout contre la dictature de l’imprimerie, de la dactylographie ? Elles tuent la moitié de l’écrivain, en tuant son écriture. »

De son côté  Alechinsky, dans Craintes et trouvailles se propose de rapprocher les typographies balzaciennes des Typographismes de Dotremont. Ce dernier envisage en effet de remplacer « les spécimens de caractères des familles Garamond, Bodoni, Futura par du Maniaque dépressif, du Chienne, de l’Empaquettage monoverbal« .

Une centaine d’œuvres sont présentées. Ce que l’on peut regretter est qu’une approche aussi complexe de la création artistique, ne fasse pas l’objet d’une meilleure pédagogie adaptée au visiteur, curieux mais pas forcément au fait de ces méandres intellectuels.

Ecritures du monde, écrire le monde

Depuis novembre 2014, la RATP et la Bibliothèque nationale de France présentent une exposition consacrée aux Ecritures du monde, des origines à nos jours, sur les quais de la station Saint-Germain-des-Prés (ligne 4 du métro).

Sur les quais à Saint Germain des Prés
Sur les quais à Saint Germain des Prés

La reproduction de 150 pièces majeures issues des collections de la BnF  permettent de découvrir 55 écritures  Les voyageurs sont ainsi conviés à plonger dans l’histoire d’une des plus fabuleuses créations humaines.  Des premiers papyrus aux sites internet, les collections de la BnF présentées dans l’exposition « Ecritures du monde » couvrent cinq millénaires, témoignant de l’extraordinaire créativité dans les traces écrites laissées par l’homme . Tablettes cunéiformes,  affiches du XXe siècle, papyrus égyptiens,  manuscrits carolingiens et gothiques,  incunables en caractères latins,  corans,  bibles hébraïques,  estampages chinois, textes sacrés indiens… Des documents très célèbres comme les fragments de rouleaux de la Mer Morte, le psautier de Charles le Chauve ou la Bible de Gutenberg côtoient des écrits anonymes ou quotidiens (une tablette sumérienne de compte de plans de blé, de fèves et d’oignons, une planche de récitation chinoise, un tract de la RATP datant de 1968…).

Une scénographie qu rappelle le système de « la casse ».

La scénographie rappelle le système de la « casse ». Créée par Laurent Ungerer (agence C-album) elle propose un système , à l’image de la boîte qui contient les caractères d’imprimerie.

BnF - "Depuis la Préhistoire jusqu'à nos graffitis contemporains, l'homme n'a cessé de lancer des messages ou d'imprimer la marque de son passage en écrivant sur tout et partout."
BnF – « Depuis la Préhistoire jusqu’à nos graffitis contemporains, l’homme n’a cessé de lancer des messages ou d’imprimer la marque de son passage en écrivant sur tout et partout. »

Voyageurs de la RATP et autres, n’hésitez pas à flâner à la station Saint-Germain. Les 36 vitrines réparties sur les deux quais de la station méritent qu’on s’y attarde.

 

Elsa Menanteau


 

Informations pratiques

Maison de Balzac

  • 47 rue Raynouard – 75016 Paris
  • Horaires : du mardi au dimance de 10h à 18 h
  • Tarifs 5€ et 3.50€