Le garçon qui aimait les bébés ou l’instinct paternel

 

 

Martin est fou de son enfant. Et Martin adore les bébés. Sauf que Martin est encore au lycée. Et sa copine Louise, tant aimée, a décidé d’accoucher sous X.  Situation peu ordinaire. Le comédien Mathias Charlier, tout droit venu de Belgique fait du texte de  Rachel  Hausfater un moment d’émotion, de tendresse, de poésie. A voir à l’Essaion Théatre jusqu’au 5 mars.

le garçon qui aimait les bebes

 

Autour de lui des ballons bleus, rouges en désordre sur le sol. Un bout de gâteau oublié sur une assiette en carton. Une bouteille débouchée, un verre. Un salon en désordre après un après-midi d’anniversaire. Martin raconte.

Martin raconte un souvenir Celui de son stage d’une semaine en classe de 3e.Dans une crèche. Oui celle qui accueille des nourrissons et des tout jeunes enfants. Faisant fi des sarcasmes de son père qui lui propose une initiation dans son garage, des quolibets des copains, de la surprise mal contenue du prof principal, il va passer une semaine de douceur, d’éblouissement, de fusion avec ces petits. Il les a bercés, les a changés, il leur a donné le biberon, il leur a chanté des comptines. Il aime tout de ces petits êtres : le regard, l’odeur, le babil, le sourire.

Ce souvenir n’est pas très vieux…En classe de terminale, Martin se retrouve père. Un père inattendu. Juste le fruit d’un moment de pulsion amoureuse avec Louise, l’an passé,  lors d’une sortie scolaire à Giverny. La première fois pour les deux ados. La seule fois d’ailleurs. Et Louise qui a décidé d’accoucher sous X et de fuir.

Comment Martin, qui est encore un enfant peut-il devenir le père d’un enfant ? Il l’appelle Aimé, Louis. Il va tout faire pour devenir ce père à part entière. Il doit convaincre le personnel médical, l’état-civil, le juge pour enfant. Et  faire accepter le nouveau-né au sein de sa propre famille.

La situation inverse les codes traditionnels où dans la littérature, la « femme est séduite et abandonnée », à l’instar de la Fanny de Pagnol ou Madame Butterfly de Puccini, pour ne citer qu’elles.

Le texte plein d’émotions et de tendresse, issu d’un livre (publié en 2003) est magnifiquement servi par Mathias Charlier. Ce comédien formé au Conservatoire Royal de Liège,  et qui dirige le théâtre Atlas à Liège, donne à cette déclaration d’amour aux petits enfants une force de vérité, évitant les pièges d’un sentimentalisme mielleux. Homme, déjà mur, Mathias Charlier, parle au nom d’un ado, Martin, avec les paroles plus généralement (et classiquement) entendues dans la bouche d’une femme.

Sans jamais entrer dans une quelconque analyse psychologique et a fortiori psychanalytique, le spectacle montre qu’un instinct paternel peut exister. Ou du moins des hommes,  et même des ados, capables d’exprimer des sentiments « maternels » non seulement sans honte mais en revendiquant et assumant leur responsabilité. Une belle expression de la  dualité «animus-anima ».

Ce texte joliment mis en scène par Anne Barthel a la musicalité d’un conte. D’ailleurs son auteur, Rachel Hausfater, est une écrivaine, spécialiste de livres pour enfants.

Elsa Menanteau


 

Le garçon qui aimait les bébés

 

  • d’après le roman de Rachel Hausfater
  • Avec Mathias Charlier
  • Mise en scène: Anne Barthel

 

La Compagnie théâtrale La Cigale du Nord

Essaïon Théâtre

 6, rue Pierre au Lard – 75004 Paris

Jusqu’au 5 mars 2016

Tous les jeudis, vendredis et samedis à 19h30

Réservations

http://www.essaion-theatre.com/

tel. 01 42 78 46 42

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