Kerry Hudson, la petite Ecossaise au fil de l’eau


Kerry Hudson rayonne. Cheveux blonds sagement tirés en arrière, des yeux pétillants,  toute de simplicité dans sa robe bleue, Kerry a du mal à croire à l’évènement : elle est la lauréate du Prix Femina Etranger, pour « La couleur de l’eau », son deuxième roman. Portrait d’une jeune écrivaine inconnue, que rien ne destinait à la littérature.

kerry hudson 4Née à Aberdeen en Ecosse, Kerry Hudson a été ballotée de ville en ville par une mère « au cœur de gitane » qui l’a amenée à « changer au moins dix fois d’école ». Kerry, 35 ans, a désormais choisi Londres comme port d’attache. « La grande ville, c’était mon objectif. Il y a des cinémas, des théâtres, des musées, des librairies, de la musique. Là, tout est possible».  Et pour elle le possible s’est réalisé. Au-delà de ce qu’elle imaginait. «J’ai eu de la chance » commente-t-elle avec modestie.  «J’étais la  personne au bon moment au bon endroit».

Dans sa vie, elle a tout fait, jonglant de petits boulots en petits boulots. A 20 ans, désireuse d’être utile aux autres, elle  s’arrime dans les organismes caritatifs, notamment auprès des enfants. Un travail qu’elle adorait.

L’écriture ? Le hasard. Elle participe à un concours de nouvelles. Et gagne le premier prix ! Doté de 1000 livres (1300 €). Kerry rit de sa réaction d’alors : « je pensais que je pouvais devenir riche en écrivant ».

Donc elle se met à écrire. Elle demande un congé de six mois. Sort alors son premier livre « Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman ». Il sera publié en France aux éditions Philippe Rey en 2014 et 10-18 en 2015.

Son sens aiguisé de l’observation, ses voyages, ses expériences personnelles nourrissent ses ouvrages et ses personnages. « Des jeunes femmes comme Alena, venues d’Europe de l’est, obligées de se prostituer , on en voit beaucoup à Londres » raconte Kerry. Même si elle n’en a pas connu une précisément, elle a recueilli des témoignages et elle rapporte dans son roman certaines scènes réelles.

Pour le personnage de Dave, elle s’est inspirée d’un voisin qu’elle voit fréquemment à Hackney, la banlieue londonienne où elle vit et qui sert de cadre à « La couleur de l’eau ». Physiquement,  le voisin, c’est un malabar, le crâne rasé. Mais cet impressionnant personnage, soigne avec délicatesse un petit rosier, donne des miettes de pain aux oiseaux. Un contraste étonnant entre son allure et l’attention qu’il porte à son micro environnement. « A-t-il jamais rencontré quelqu’un ? » s’interroge Kerry, touchée par la solitude de cet homme qui semble n’avoir ni amis ni compagne.  Pour autant, elle ne lui a jamais avoué qu’elle en avait fait le héros de son livre !

Quelques heures avant l’annonce du prix Femina, Kerry a achevé  l’écriture d’un troisième roman, celui d’une femme qui parcourt la planète.On l’attend avec impatience ce troisième opus.

 

Elsa Menanteau

 

 

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