La Fabrique du Luxe au siècle des Lumières

A la confluence du beau, de l’art et du commerce, les marchands merciers parisiens au XVIIIe siècle étaient les acteurs  de l’industrie du luxe. Au coeur  d’un réseau aux ramifications  mondiales, cette activité est aujourd’hui méconnue. Dans une belle et intelligente exposition,  le musée Cognac Jay,  à travers des objets remarquables et l’histoire de maisons célèbres permet de redécouvrir le fonctionnement, la vitalité, le rayonnement international de cette corporation qui a contribué au prestige de Paris au temps des Lumières.

Candélabre à deux branches garni d’un oiseau et de fleurs. Bronze ciselé et doré, porcelaine de Saxe. Entre 1715-et 1774. Paris, musée Cognacq-Jay.

« Marchands de tout et faiseurs de rien ». Si au siècle des Lumières, l’Encyclopédie décrit avec un brin de mépris et d’humour la corporation des marchands merciers parisiens, le rôle qu’ils ont joué dans la fabrique du beau, dans sa diffusion suscite l’attention croissante des historiens de l’art. Ne sont-ils pas  les ancêtres des marques de luxe françaises d’aujourd’hui, exportées dans le monde entier ?

Revenir sur ce pan de l’histoire artistique, artisanale et économique du XVIIIe siècle,   c’est ce à quoi s’attache avec intelligence le Musée Cognac Jay dans une exposition qui a ouvert ses portes le 29 septembre.

La fabrique du beau.

La réglementation de la corporation ne permet pas au marchand mercier de fabriquer, mais « d’enjoliver ». Pour vendre aux aristocrates des produits de décoration somptueux, le marchand mercier fait appel aux ébénistes, aux bronziers, aux porcelainiers, aux doreurs. Il importe des laques et des céramiques de Chine et d’Asie. Sa créativité lui permet ainsi d’assembler dans une pièce unique des objets venant de l’étranger, des manufactures et des éléments spécialement exécutés.

Les stocks des marchands merciers comportent également des pièces préfabriquées, prêtes à être enjolivées pour une clientèle exigeante et relativement pressée.

L’un des exemples d’éléments d’enjolivement furent les fleurs de porcelaine destinées notamment  à orner des candélabres, des horloges et autres objets de luxe. La manufacture de Vincennes s’en est fait une spécialité. Ses recherches techniques, avec des cuissons à basse température lui ont notamment permis d’obtenir une vaste gamme de couleurs. Son catalogue en 1759 mentionnait 64 espèces de fleurs. La manufacture pouvait rivaliser avec l’excellence des « Saxe » produits par sa rivale à Meissen.

Cage à oiseaux vers 1750-1751 Fer peint et porcelaine.. Musée des Arts Décoratifs

 

Le rôle des marchands merciers, allait au-delà de l’enjolivement. Les responsables de l’exposition expliquent : « Entre les fournisseurs, assignés au strict respect du périmètre de leur corporation, et le commanditaire ou le client, désireux d’obtenir un intérieur ou un accessoire « à la mode », le mercier peut intervenir comme négociant, expert, concepteur, décorateur ou antiquaire. Ses services couvrent l’achat, le transport et la livraison, mais aussi le nettoyage d’objets précieux et la restauration. »

Afin de se faire connaître les marchand merciers utilisent déjà des techniques de communication : ils choisissent une identité visuelle qu’ils déclinent en  « cartes de visites », en publicités dans les gazettes, journaux et guide. Ils savent s’entourer d’artistes, certains renommés comme Watteau et Boucher. Watteau a réalisé l’enseigne de Gersaint représentant sa boutique de vente de tableaux fréquentée par une riche clientèle vêtue de soies chatoyantes.  L’exposition reconstitue d’ailleurs cette enseigne en relief et en grandeur nature, visible dans les combles du musée.

Les marchand merciers savent aussi innover afin de s’adapter au mieux à l’évolution des goûts de leur clientèle. Enfin, ils font de la localisation de leur lieu de vente une véritable stratégie pour être au cœur de leurs réseaux de vente et d’approvisionnement. L’exposition présente  un plan de Paris montrant l’implantation des commerces de luxe à cette époque : pour beaucoup ils étaient situés rue Saint Honoré, à proximité du Palais-Royal et des quais de Seine.

Criaerd Matthieu (1689-1776). Paris, musée du Louvre.

 

L »activité prend tout son essor dans l’effervescence économique et intellectuelle du siècle des Lumières.  Dans les domaines des arts décoratifs, de la mode et des accessoire, le prestige de Paris rayonne alors auprès de toute l’aristocratie européenne. Quant à l’attractivité  créative de la capitale, elle séduit de nombreux artistes et artisans d’art  d’Angleterre, d’Allemagne et de Suède qui viennent alors s’y installer.

 

La corporation, l’une des six reconnues à Paris, impose trois ans de formation au futur marchand mercier, et à ses membres d’être obligatoirement de nationalité française et de confession catholique. Présente à Paris,  depuis le XIIe siècle, la corporation de marchands merciers, comme toutes les corporations parisiennes fut dissoute en 1793.

 

Elsa MENANTEAU

 

Du 29 septembre 2018 au 27 janvier 2019

Musée Cognac-Jay

8 rue Elzevir – 75003 PARIS

Tel.01 40 27 07 21

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h

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