Ces étrangers qui ont fait la haute couture française (jusqu’au 28 juin 2015)

 

Depuis un siècle et demi, 300 couturiers,  designers ont construit la renommée de la mode française. Le Musée de l’histoire de l’immigration raconte les parcours de vie de ces créateurs dans une exposition particulièrement instructive. A découvrir jusqu’au 28 juin 2015 .

On pourrait s’amuser au jeu des devinettes et demander : qui est le fondateur de la haute couture française ? Réponse : Charles Frederick Worth. Sa nationalité : britannique ! Arrivé à Paris en 1845 , il a inventé les collections saisonnières, les défilés de mode…et  l’habitude de signer ses créations, comme le font les artistes. Seule différence, la griffe est apposée sur un ruban cousu.  On lui doit ainsi l’étiquette que l’on trouve aujourd’hui sur le col du plus banal tee-shirt.

Worth avait pour clientes l’impératrice Eugénie et Sarah Bernhardt. Par sa présence et son immense succès en Europe, il a encouragé l’installation d’autres maisons de couture anglaises sur les grands boulevards parisiens. C’est par lui, son histoire, son œuvre que s’ouvre l’exposition Mix Fashion, organisée par le Musée de l’histoire de l’Immigration, prolongée jusqu’au 28 juin 2015.

Si le visiteur peut découvrir des dizaines de modèles qui vont illustrer cent cinquante ans d’histoire de la mode française, l’exposition met surtout l’accent sur les parcours de vie de créateurs, designers, brodeurs, tous venus de l’étranger et qui ont contribué au rayonnement de Paris, capitale mondiale de la couture.

Quelque trois cents créateurs ont été recensés, dont de gros « bataillons » venus de Grande-Bretagne, d’Italie, d’Espagne, et aussi du Japon depuis une trentaine d’années.

Karolyi
Titre d’identité et de voyage délivré par l’administration française à Catherine Karolyi, le 18 août 1953@Archives familiales

Certains créateurs s’installent à Paris pour échapper aux soubresauts de l’histoire de leur pays d’origine. Les Russes, et en particulier l’aristocratie débarquent aux lendemains de la révolution bolchévique, comme Irina et  Felix Youssoupoff pour Irfé, Maria Pavlova pour Kitmir. Cistobal Balanciaga, Paco Rabanne et Castillo (chez Lanvin) ont fuit – avec des histoires différentes – la guerre civile en Espagne. Catherine de Karoly, qui a travaillé pour Robert Piguet et pour Hermès a quant à elle quitté sa Hongrie natale en 1947, dominée par le régime communiste.  On retrouve également des Arméniens poussés à l’exil par les exactions perpétuées dans leur pays contre leur communauté.

D’autres créateurs sont venus exercer en France, pour acquérir la seule reconnaissance qui importait pour être reconnu dans leur pays d’origine : celle de Paris.

Aussi en complément des modèles, dont une bonne part provient des collections du Musée Galliera, partenaire de l’exposition, les commissaires sont partis à la recherche de documents inédits provenant du tribunal de commerce, lors de la création des maisons de mode, des exemples de dépôt de modèles et  d’échantillons à l’INPI (institut national de la propriété industrielle) ou à son prédécesseur. On voit aussi des documents de l’OFRA (office d’accueil des réfugiés et des apatrides), des lettres et de couturiers, parfois très célèbres comme Elsa Schiaparelli argumentant leur demande de naturalisation. On peut découvrir dans une vitrine son dossier, dont l’épaisseur ne laisse guère de doutes sur la complexité des démarches administratives qu’il était nécessaire d’effectuer dans les années 1930… Immuable administration.

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Brevet déposé par Mariano Fortuny y Madrazo (1871-1949 ) le 10 juin 1909 à l’Office national de la propriété intellectuelle, pour un « Genre d’étoffe plissée ondulée »@INPI

L’exposition dans sa première partie a choisi cette entrée historique, classée par « écoles nationales ». Ce qui lui permet de confronter un « ancien » et un « moderne ». Aussi l’école britannique réunit Worth et Viviane Westwood, John Galliano et Alexander Mc Queen.

La deuxième partie de l’exposition met en valeur les contemporains au sein desquels les créateurs japonais ont suscité une véritable révolution. Avec leurs vêtements dits déstructurés, le non fini, l’asymétrie et l’utilisation du noir à profusion, ils ont suscité à leurs débuts de violentes contreverses. Mais aujourd’hui, la mode de Paris ne peut  se passer d’Issey Miyake, Rei Kawabuto ou Yoshi Yamamoto.

 

Elsa Menanteau


 

Informations pratiques

Musée de l’histoire de l’immigration

Palais de la Porte Dorée

293 avenue Daumesnil – 75012

Horaires :

  • du mardi au vendredi de 10h à 17h30
  • samedi et dimanche de 10h à 19h

Plus d’informations  sur le site internet :

Musée de l’histoire de l’immigration

Article consacré à la participation de la maison Redfern à l'Exposition universelle de Saint-Louis (EtatsUnis), L'Art et la Mode, n°23, 3 juin 1904 @Editions Jalou
Article consacré à la participation de la maison Redfern à l’Exposition universelle de Saint-Louis (EtatsUnis), L’Art et la Mode, n°23, 3 juin 1904@Editions Jalou