Nicolas Delesalle : le goût du large ou Le tour du monde en 9 jours

 

 

Avec Le goût du large, Nicolas Delesalle publie son deuxième ouvrage. Un superbe récit  où l’auteur fait alterner neuf jours en mer à bord d’un cargo et ses souvenirs de journaliste envoyé sur les endroits chauds de la planète.

Nicolas Delesalle embarque à Anvers sur le MSC Cordoba. Une croisière peu ordinaire. Il ne s’agit en rien de ces paquebots tout confort, avec piscine, musique, multi-restaurants et animations. Le MSC Cordoba est un porte-conteneurs. L’auteur précise qu’il transporte 1629 boites, qu’il navigue sous pavillon libérien, avec un équipage philippin. Comme des milliers de navires marchands. Mais là n’est pas l’essentiel du propos. Ce que recherche Delesalle c’est « de quitter le monde connu pour entrer dans un rêve de gosse aux contours flous », de se déconnecter  de la toile d’araignée numérique qui emprisonne le quotidien.

D’Anvers à Istanbul, le journaliste qu’est Nicolas Delesalle va tricoter son présent et son passé, les moments qu’il passe sur ce navire seul face au large, ou en contact avec les membres d’équipage et  ses souvenirs de reporter qui a sillonné la planète,  des Pays Baltes à l’Afrique, de l’Afghanistan au Causse à côté de Milau.

 

Chaque jour, Nicolas Delesalle apprécie une richesse qu’il découvre d’un pont à l’autre du MSC Cordoba : le temps. Celui qui n’est pas découpé à l’avance par les rendez-vous, les contraintes horaires. Du temps à profusion. Des centaines de milliers de minutes, des millions de secondes où rien n’est prévu et dont il va se délecter avec gourmandise.

Et puis reviennent les souvenirs de ses reportages. Nombreux. Il a parcouru le monde du Nord au Sud, d’Ouest en Est, couvrant beaucoup des conflits majeurs qui secouent le monde depuis des années. Il raconte non les hostilités en elles-mêmes, mais les marges, les à-côtés qui ne sont pas relatés dans les journaux, des détails captés dans les coulisses. Ceux de l’aventure personnelle en parallèle de l’aventure professionnelle. Ses anecdotes ne sont jamais futiles. Racontées comme des nouvelles, se concluant de façon inattendue, parfois de façon cocasse, elles mettent en relief la face cachée d’une personnalité ou l’envers d’un décor souvent dramatique.

Il en va ainsi de la rencontre avec une « petite bonne femme rayonnante et gironde, tout habillée de blanc la quarantaine volubile et joyeuse dont la voix de colibri  égayait à elle seule cet instant morose ». Morose la soirée à l’hôtel : le matin même il avait été emmené par  un hélicoptère de l’ONU, avec des journalistes ivoiriens dans la préfecture de Blolequin où 63 civils, essentiellement des femmes et des enfants avaient été assassinés. La jeune femme si attrayante, une Belge s’est révélée être un haut responsable de l’ONU, présente au Rwanda au moment du génocide et dont une partie de la famille avait été assassinée par les nazis.

Il rapporte aussi l’histoire d’un de ses amis, un photographe russe qui s’est retrouvé à faire une partie de foot inopinée …au Pôle Nord. L’expédition avait été improvisée par un candidat à la présidentielle de Russie en 1996. C’était un richissime industriel, politiquement peu connu, et qui avec force bouteilles a transformé une conférence de presse en virée nocturne à 3812 km de Moscou !

Le Goût du large est un récit de voyage, de voyages plutôt,  dans lequel l’auteur mêle avec justesse, l’humour et la sensibilité. Distancié, vivant, son regard est à la fois bienveillant et sans complaisance. Une belle écriture précise, sans emphase ni pathos même dans des moments dramatiques en font un ouvrage riche, vrai, que l’on lit avec un plaisir permanent.

 

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Le Goût du large, de Nicolas Delesalle

Editions Prélude