Des images aux mots : « Fine », une nouvelle extraite du recueil « Mille autres vies que la mienne »

Collectionneuse d’images anciennes, j’écris des nouvelles à partir de certaines d’entre-elles. « Fine » est la première nouvelle du recueil Mille autres vies que la mienne.

Fine

 

 

En faisant le tri des quelques pauvres affaires qui se trouvaient dans la commode de la chambre de Fine, j’ai failli jeter cette photo, insignifiante et ratée à première vue. Mais elle était à son image. C’était bien elle, cette petite silhouette, déjà âgée et voutée, toujours vêtue de son tablier et de son éternel fichu qu’elle portait quels que soient le temps et la saison. Elle y apparaît coupée en deux, mangée par le bord gauche de l’image, comme si le photographe l’avait prise par inadvertance ou s’était laissé surprendre par la vieille femme entrée brusquement dans son champ. La partie basse de son corps est floutée, masquée sans doute par un doigt posé sur l’objectif, ou une main qui lui signifie que sa présence est importune sur l’image. Fine avait l’art de glisser et d’apparaître sans qu’on l’ait entendue venir. Têtue, elle a dû continuer son chemin sans se préoccuper du photographe. J’ai conservé cette image, tellement révélatrice de la place que Fine avait tenue dans notre vie.

Fine n’est plus. Elle s’est éteinte doucement, comme elle avait vécu, sans bruit et sans éclat.

Elle s’appelait en réalité Joséphine. Mais plus personne ne se souvenait de son véritable prénom. Ce diminutif lui allait bien et semblait coller à l’évanescente réalité de son personnage. Ce n’est que le jour de son enterrement que j’ai découvert qu’elle avait aussi un nom de famille.

Difficile de lui donner un âge. Pour moi, elle était née vieille. Il est des gens que le temps marque une bonne fois pour toute et laisse tranquille ensuite. Elle était entrée au service de notre famille à l’âge de 26 ans et y était restée pendant cinquante ans. Il me semblait l’avoir toujours connue. Même si « connaître » était un bien grand mot la concernant. Fluette et transparente à nos yeux, tout le jour, ombre furtive, notre servante trottinait menu dans la maison pour s’occuper de presque tout, de la cuisine, du ménage, du linge, du jardin, des courses… mais, étrangement jamais de nous, les enfants. Parfois, pour la faire sortir d’elle-même, mon frère et moi tentions de la taquiner en lui volant son panier de pinces à linge, ou en détachant le nœud de son tablier. Mais impossible de la déstabiliser ou de la mettre en colère. Elle tournait en rond trois, quatre fois sur elle-même, s’asseyait et attendait que nous en ayons fini, les mains posées sur son tablier, en hochant la tête. Les seules paroles que je lui ai jamais entendues prononcer, en dehors de celles que je l’entendais marmonner derrière la porte de sa chambre, étaient « bien, madame, merci madame, ce sera fait madame ». Mon père, lui, se contentait de gestes pour lui demander quelque chose. « Vous avez vu, elle comprend ! », se plaisait-il à fanfaronner devant les visiteurs, comme s’il s’agissait d’un animal. Et il ajoutait, « cette fille un peu simplette est aussi efficace qu’un robot ».

Toujours dans un silence feutré, comme montée sur des rails, elle glissait du carrelage froid de la cuisine, au parquet du séjour, puis à la pelouse du jardin. On ne l’entendait jamais arriver. On se retournait, elle était là, présente dans la pièce comme si elle y avait toujours été. Elle disparaissait ensuite tout aussi furtivement en trottinant comme une petite souris. Rien ne semblait l’atteindre, pas même la pluie. Fine avait la réputation de passer entre les gouttes. Il pouvait pleuvoir à torrent, même sans parapluie, elle rentrait sèche. Mon frère et moi la surnommions « le Fantôme de l’Opéra ». Curieusement, sur les photos de famille prises lors des grandes occasions (car ma mère avait un jour décrété, qu’elle faisait partie malgré tout de la famille même si elle n’en avait aucun des privilèges), Fine ne semblait pas avoir d’existence réelle. Si elle n’était pas cachée par quelqu’un, son image se trouvait floutée, tronquée, et finalement rongée par le temps. Sur aucune d’entre elles, elle n’apparaît en entier. Il ne demeure que des bouts de Fine, un puzzle de femme sans âge que j’aimerais pouvoir reconstituer. Aujourd’hui que Fine a disparu pour de bon, je serais dans l’impossibilité de décrire précisément son visage. Et cette idée me torture. Elle a vécu 50 ans auprès de nous et je suis incapable de retracer son histoire. Peut-on vivre autant de temps auprès d’une personne en ignorant tout d’elle, en passant à côté comme s’il s’agissait d’un meuble ? J’ai pourtant essayé maintes fois d’imaginer sa vie. J’avais, après avoir étudié au lycée, Un Cœur Simple de Flaubert, imaginé qu’elle était un peu la Félicité de notre famille, qui, de désespoir s’attache ridiculement à un perroquet. Mais quel était le perroquet de Fine ?  A quoi s’accrochait-elle pour supporter cette vie sans âme que nous lui faisions mener ? Qu’avait-elle connu avant ses 26 ans ? Quelle humiliation l’avait rendue muette comme une tombe ? Quel immense chagrin avait pu la transformer en ombre ?  Un homme s’était-il un jour plongé dans ses yeux bleu lavande ? Et si elle n’avait pas de vie privée en dehors de celle que nous lui offrions, sans doute avait-elle une vie intérieure avec des désirs, des rêves, des fantasmes ? A l’époque où je me prenais pour Maupassant, j’avais envisagé d’écrire sur le mystère Fine. J’étais, me semble-t-il, le seul à m’interroger. Quand je leur demandais des précisions à son sujet, mes parents haussaient les épaules. Tout ce qu’ils trouvaient à me répondre c’est qu’elle faisait bien son travail, qu’elle n’était certainement pas malheureuse puisque chez nous, elle n’avait jamais souffert ni du froid ni de la faim. Qu’est-ce que je voulais de plus ?  Mais qu’en savaient-ils ?

Fine sortait rarement de chez nous. Une fois l’an seulement, elle prenait une journée de congé. A cette occasion, elle ôtait son tablier, enfilait des chaussures à la place de ses chaussons,  revêtait un manteau informe et sans âge, resserrait son fichu et quittait la maison d’un air déterminé. Elle partait le matin, revenait le soir même, et reprenait son ouvrage. Qu’avait-elle fait durant cette journée ? Avait-elle rendu visite à un parent ? Honoré des morts ? Avait-elle profité de sa liberté, loin de nous et de nos exigences enfantines ? Fine demeurait un mystère. Devenu adolescent, puis adulte, préoccupé par d’autres sujets, j’ai quitté la maison pour faire des études, puis mener ma propre vie. Et j’ai totalement cessé de me poser des questions. Moi aussi, j’avais fini par la ranger dans la catégorie mobilier.

Quand je revenais à la maison pour rendre visite à mes parents, j’avais l’impression qu’à mesure que le temps passait, Fine s’effaçait, se fondait dans le décor. La situation était très étrange, Fine, devenue une vieille femme toute petite et frêle, servait des gens encore plus âgés qu’elle, mes parents. Je retrouvais un monde qui tournait désormais au ralenti avec ses petites manies. Un temps suspendu au milieu du temps qui passe sur les corps. Alors qu’elle faisait la vaisselle dans la cuisine (pourquoi ne lui avaient-ils pas acheté un lave-vaisselle ?), tout en prenant mon petit-déjeuner, je l’observai à contre-jour. J’observais ses gestes lents et mesurés à travers les volutes de fumée de mon café. L’évier, face à la fenêtre, donnait sur le jardin. Il était encore tôt, en ce début de printemps et une vapeur de brume tapissait l’herbe. Une branche de cerisier en fleurs taquinait la vitre. Je ne voyais que les mouvements de son dos. J’entendais le son de l’eau couler dans l’évier en inox. Ses cheveux en couronne de lumière autour de sa tête, étaient d’un blanc presque translucide. Des cheveux d’ange ! Quand elle se déplaçait dans la maison, on aurait dit une plume qui voletait de plus en plus lentement, poussée par un vent mou et paresseux. A ce moment, la question m’a échappé : « tu es heureuse, Fine ? ». Elle a coupé l’eau, s’est retournée très lentement. Dans le contre-jour du petit matin, son visage semblait auréolé d’un fin duvet d’oisillon. Esquisse d’un sourire, un flash bleu dans son œil gauche. Fine notre vieille servante de 80 ans a soudain vingt ans. Puis elle ouvrit des yeux immenses qui lui dévoraient le visage comme si un ciel de début de printemps s’y était installé. Comment avais-je pu ne jamais remarquer ce regard-paysage ? Elle s’est avancée lentement vers moi et m’a caressé la joue, en soupirant, « Ah…mon petit ». Ces trois mots ont soufflé une immense houle de chagrin dans mon cœur. J’aurais voulu prendre une photo et conserver cette image de Fine.

Quelques jours plus tard, la vieille dame fut victime d’une première attaque cérébrale. Elle en perdit totalement l’usage de la parole. Mon père commenta l’événement, disant que cela ne changeait finalement pas grand-chose. Cependant, même si son champ d’action était désormais limité par ma mère qui ne lui donnait presque plus de tâches à accomplir, elle refusa de se laisser abattre et après quelques jours de repos, elle reprit son travail, avec des gestes plus lents, presque artistiques et stylisés.

Mais d’ombre, la maladie et la fatigue la réduisirent à l’état de petit fantôme errant dans la maison. Etrangement, à mesure que son corps s’estompait, ses yeux, en revanche, luisaient d’un étrange éclat, comme si la vie ne se concentrait plus que dans son regard.

Un soir, elle ne vint pas nous servir à table, elle se coucha, sans aucune plainte. Pendant plusieurs heures, personne n’osa pénétrer dans sa chambre, son domaine réservé. Ma mère, qui avait toujours été une femme de tête, prit enfin la décision d’aller voir ce qui se passait. La vieille femme était étendue dans son lit, bras croisés sur la poitrine, un tout petit crayon de papier serré entre ses doigts fins. Encore plus menue et fragile, elle ressemblait à une vieille petite poupée de porcelaine au visage diaphane. Pour la première fois, je me rendis compte que Fine avait dû être belle. L’approche de la mort lui rendait ce qui lui appartenait. Pour retirer le minuscule crayon, je pris ses mains entre les miennes. Elle resserra son étreinte sur lui, refusant de le lâcher. Ses mains, recouvertes de marguerites de cimetière étaient d’une douceur incroyable, comme du duvet. Ses joues aussi. C’était la première fois que je sentais le contact de sa peau. Personne ne touchait jamais Fine. Toute une vie sans caresses…

Victime d’une deuxième attaque cérébrale, elle se retrouva presque totalement paralysée. Seuls ses yeux bleus devenus couleur-ciel-d’orage, fixaient un point, juste en face d’eux. Fine, ne s’alimentant plus, devint un petit fantôme osseux. Ses os devaient désormais être aussi translucides que des ailes de libellule séchées. Les draps allaient la digérer, l’incorporer dans leurs fibres. La vie qui la quittait laisserait juste un sillage moutonneux dans le ciel.

Petite flamme vacillante, elle s’éteignit doucement. Juste avant de mourir, elle redressa la tête, tendit le cou vers ce point qu’elle fixait depuis des semaines, une commode en pin où étaient rangés ses quelques effets. Elle que l’on croyait complètement muette, prononça un étrange dernier mot « l’azur ». Au contact de sa tête, l’oreiller de plume émit un léger soupir.

Après son décès, il ne fallut pas bien longtemps pour ranger sa chambre. Fine ne possédait presque rien : quelques vêtements, des livres de messe, une bible, une dizaine de tout petits crayons (certains ne mesurant pas plus d’un centimètre). Mais, surtout à l’intérieur de la commode en pin, se trouvaient une dizaine de carnets de moleskine noire, entre les pages desquelles se trouvaient des photos de mon frère et de moi, prises aux différents âges de notre vie. Tous étaient recouverts d’une écriture fine et minuscule, nécessitant une loupe pour être déchiffrée. A l’intérieur, des milliers de poèmes d’une beauté âpre et fulgurante. Dans les premiers, elle y retraçait avec minutie les gestes de son quotidien, se montrait une fine observatrice de la nature, du changement des saisons. Progressivement, au fil des carnets et du temps, les sujets changeaient. Il n’y était plus question que de nous, moi et mon frère, placés au cœur de chacune de ses évocations de la nature.

Chaque soir, une fois ses travaux domestiques accomplis, telle une miniaturiste, elle avait ciselé des petits textes comme des camés…et en avait fait des épiphanies. Pendant toutes ces années, en silence, elle nous avait observés, scrutés, analysés. Elle avait attendu nos premiers sourires, nos premiers pas. Elle avait consigné nos premiers mots, enregistré les plus minimes changements de nos corps d’enfant. Elle avait même lu dans nos pensées les plus intimes. Et ce qui me fit le plus de mal, c’est qu’elle avait imaginé des conversations avec nous, de longues conversations sur ces petits riens qui fondent les grandes réflexions philosophiques. Elle parlait de nous comme si nous étions ses enfants en nous appelant « mes petits ».  Elle disait aussi son chagrin de voir « ses chers petits » quitter la maison et sa joie de les voir revenir pendant les vacances. Elle avait pour nous, dans ces pages, des mots d’amour que n’avait jamais prononcés notre propre mère. Elle nous aimait en secret…et nous, aveugles et sourds ne lui rendions pas son amour. Pourtant, il me semblait que ces carnets répondaient à la question que je lui avais posée. Fine, en s’inventant un monde à travers nous, était heureuse, ou tout du moins connaissait une certaine forme de bonheur.

J’ai tout lu d’une traite. Et j’ai vu toute ma vie défiler sous ses yeux.  A la dernière page du dernier carnet, d’une écriture tremblotante, elle avait eu le temps d’écrire avant de se coucher définitivement « l’azur, enfin… »

Catherine Jubert, Mille autres vies que la mienne, nouvelles, 2014

Marine Chereau, la photographie, « le coeur dans les yeux »

 

photographie ©Marine Chereau

Marine Chereau, « Le cœur dans les yeux » *

On a beau critiquer les réseaux sociaux et en particulier Facebook. Ils sont, pour qui sait les utiliser, un fabuleux champ d’explorations et de découvertes. C’est ainsi que j’ai rencontré Marine Chereau, jeune et baroudeuse photographe nantaise de 74 ans. Je ne crains pas de le dire : Marine possède toutes les qualités des grands professionnels : l’œil affuté, l’instinct de l’image, l’extrême rapidité à saisir les situations, ce fameux « instant décisif » dont parlait Cartier-Bresson, la capacité à révéler l’humanité et les failles de chacun des sujets qu’elle capture dans son objectif. Son regard est toujours tendre, empathique et généreux. Marine a « le cœur dans les yeux » et sur la main. Une photographe et une photographie humanistes ! Et si l’on pouvait la comparer à une photographe célèbre, ce serait sans nul doute à Vivian Maier.

Catherine : Depuis combien de temps fais-tu de la photo ?

Marine : J’en fais depuis 2000. Avant, je prenais des photos de famille avec un petit appareil pour garder des souvenirs de mes enfants. La photo est venue suite à mon licenciement de mon poste de responsable marketing. Je me suis dit que je devais créer mon propre travail. C’est à ce moment que j’ai eu l’idée de monter une société d’inventaire patrimonial. Je me rendais chez les gens et photographiais leurs biens pour leur permettre de conserver une trace de leurs meubles, objets, bijoux et fournir des preuves aux assurances en cas d’incendie ou de vols. J’avais fait une étude de marché. Il y avait du potentiel, mais, personne, aucun assureur ne m’a aidée à démarrer. Pour l’occasion, j’avais acheté un appareil photo et un ordinateur. Ensuite, je me suis dit : « qu’est-ce que je vais faire de ça ? ». Alors, je suis sortie dans la rue et la photographie est devenue une passion dès le tout premier clic. Le bruit m’a absolument fascinée. Ce son a quelque chose de sensuel qui résonne, qui passe dans tout le corps jusque dans les doigts. Quand je la ressens dans mes doigts, je sais que la photo est bonne.

Photographie ©Marine Chereau

Catherine : Tes photos sont-elles mises en scène ?

Marine : Jamais ! Je fais tout au feeling, à l’instinct, dans l’immédiat. J’ai d’ailleurs toujours mon appareil pendu au cou.

Catherine : Te considères-tu comme une photographe de rue ?

Marine : J’aime beaucoup ça. Dans une photo, s’il n’y a pas d’humains, ça ne m’intéresse pas. J’adore aussi photographier des personnes de dos. Il me semble que les dos expriment quelque chose de plus, car les gens sont davantage dans un laisser-aller que lorsqu’ils sont de face.

Catherine : Qu’est-ce qu’une bonne photo pour toi ?

Marine : C’est une photo prise à la volée, où tu vois que les gens n’ont pas posé. C’est une image qui transmet par l’intermédiaire des regards, des attitudes, des gestes, des expressions, un côté humain qui va questionner le spectateur et le faire réfléchir. Je voudrais que chaque photo soit une histoire en soi. C’est pourquoi les titres sont si importants. Pour moi, une photo doit dire quelque chose. Si elle ne dit rien, s’il n’y a que de l’esthétique, ça ne m’intéresse pas.

L’esthétique est purement instinctive. Et comme je ne connais rien à la technique, je la remplace par l’instinct.

Photographie ©Marine Chereau

Catherine : Quels sont les photographes qui t’inspirent ?

Marine : Le premier nom qui me vient à l’esprit est évidemment celui de Vivian Maier. Et puis d’autres. Tous ceux qui sont dans le constat de la vie comme Robert Doisneau,  Willy Ronis, Sebastião Salgado…

Catherine : Parle-moi du projet Never Explain

Marine : Ce projet vient de loin. Il remonte à la lecture du livre d’un grand gourou de la motivation de la Silicone Valley, Roger Von Oech, qui remettait en cause toutes nos habitudes et nos certitudes dans un ouvrage intitulé Créatif de choc. C’est ma bible depuis 20 ans. Il correspond bien à mon tempérament de rebelle qui ne veut jamais rien faire comme les autres et désire remettre sans cesse les choses en cause. Il se trouve qu’il y a 3 ans, je me suis multi fracturée les 2 chevilles. Comme, je suis restée un an et demi sans pouvoir ni marcher ni sortir pour faire faire des photos, j’ai commencé à fouiller dans mes fichiers et à faire un tri. J’avais à peu près 150 000 photographies.  Au même moment, j’ai relu le bouquin. Et l’idée m’est venue automatiquement : « et si je faisais les choses à l’envers ». J’ai inversé les fonds, les paysages urbains et j’ai réintégré des gens que j’avais pris en les remettant à l’endroit. J’ai joint un texte un texte en disant : « Et si la vie n’était pas comme on la croit ?»

Et en effet, quand tu te casses les jambes, tu te dis que la vie bascule très vite d’une seconde à l’autre et donc que tu dois te créer un nouveau monde. Grâce au financement participatif par crowfunding, j’ai pu éditer un livre et présenter mon exposition dans une galerie à Nantes.

http://marinechereau.wixsite.com/photographer/never-explain

Photographie ©Marine Chereau

Catherine : Tu as également réalisé un travail sur la mémoire de l’habitat

Marine : Oui, il s’agissait d’un travail de commande. J’ai réalisé une vingtaine de livres individualisés sur les maisons de famille. Je me rendais chez les gens pour photographier leur intérieur. Pour moi ce qui est important, c’est que les gens puissent laisser une mémoire de leurs lieux de vie à leurs enfants et petits-enfants. Au préalable, je m’entretenais avec les propriétaires car il fallait que je rentre dans l’âme de leur maison, dans son vécu et dans celui de ses habitants. Chaque chose a une histoire et c’est pourquoi, je me fais raconter l’histoire de chaque objet. C’est tout un cheminement, presque un travail de société finalement.

http://marinechereau.wixsite.com/memoirehabitat

Catherine : Tu es très connectée. Quelle importance ont les réseaux sociaux pour toi ?

Marine : Au départ, j’étais totalement arcboutée contre Facebook et finalement, je m’y suis mise. Grâce aux réseaux sociaux, j’ai pu nouer des contacts avec des photographes du monde entier : des Russes, des Afghans, des Colombiens. Je me suis aperçue que chaque pays avait sa propre vision photographique. Cela m’a également obligée à revoir, soigner mes photos pour les présenter, bref à avoir un style. Je me sers aussi de Facebook comme d’un journal photographique. Et puis surtout, cela me permet de rester en contact avec les miens.

 Catherine : Tu fais essentiellement du noir et blanc ?

Marine : Oui, essentiellement car je me suis dit que tous les grands photographes faisaient du noir et blanc ! (rires)

Catherine : Quel type de projet aimerais-tu mener à présent ?

Marine : J’aimerais bien faire un travail sur Alzheimer, un asile ou la prison. Des domaines fermés où les gens ont des choses à exprimer.

Catherine : Est-ce qu’il y a un genre particulier de photo que tu aurais aimé faire ?

Marine : J’aurais adoré être photographe de guerre, pour l’instantané, pour l’état d’urgence, pour courir dans tous les sens… Bref, j’aurais aimé être un homme !!! (rires à nouveau)

 

* Philippe Soupault

La Brandographie : mettre en valeur la femme et son entreprise par la photographie

« De la poudre d’or que je voulais mettre sur mon visage. »

Gwladys Louiset est une jeune femme rare. Force, sérénité et lumière sont les premiers mots qui me viennent spontanément à l’esprit quand je pense à elle.

A sa façon Gwladys est une magicienne qui révèle et fait exister par l’image les femmes qu’elle rencontre dans le cadre de sa pratique photographique.

Sa démarche originale, la Brandographie, est née de l’alliance de la sophrologie et de la photographie. Elle lui permet d’offrir une autre vision de l’entreprenariat au féminin.  Mais bien au-delà, son objectif est d’aider les femmes qui veulent participer aux changements du monde à se mettre elle-même en lumière.

C’est dans son appartement qui lui sert également de studio photographique que je l’ai rencontrée.

Catherine : Peux-tu te présenter et me dire comment tu es venue à la brandographie ?

Gwladys : Je suis à la fois sophrologue et photographe. J’ai commencé en parallèle ces deux activités il y a une dizaine d’années. Je me suis beaucoup cherchée en photo. C’est lors d’un voyage à New-York, en 2005, que tout a commencé.  Avec juste un petit compact numérique, j’ai mitraillé la ville. Quand j’ai montré mes images, on m’a dit qu’il y avait quelque chose de fort qui en ressortait. Après je me suis mise à photographier sans arrêt.  Un vrai coup de foudre !

Suite à une période de stress dans mon travail, j’ai fait une formation en sophrologie*. C’est là que m’est venue l’idée d’associer les deux, sophrologie et photographie pour les mettre au service de la personne, et en particulier des entrepreneuses.

Catherine : D’où vient le mot Brandographie ?

Gwladys : Au départ, j’utilisais plutôt le terme de sophrographie. Et puis je me suis inspirée du concept américain de « personal branding » ou « marketing professionnel » dans lequel il s’agit d’associer l’homme, l’entrepreneur à une marque. C’est tout simplement du marketing par l’image.

La Brandographie à la Gwladys est donc un mélange entre la sophrologie et la photographie.

Catherine : Qui sont tes clientes ? Et pourquoi font-elles appel à toi ?

Gwladys : Ce sont pour le moment essentiellement des femmes avec lesquelles je me sens sur la même longueur d’ondes.

Mon offre unique pour l’instant consiste à créer en images, l’atmosphère, l’univers de leur site internet, en adéquation avec ce qu’elles sont. Ce sont principalement des femmes qui travaillent avec leur intuition, leur féminité, leur côté Ying, tout en conservant leur côté Yang, plus combattif. Elles exercent des professions comme coach, créatrices ou ont des activités en rapport avec le bien-être de la personne…  En général, leurs activités correspondent vraiment à ce qu’elles sont. Elles ne fondent pas une entreprise juste pour faire de l’argent, mais elles font partie de ces entrepreneurs du futur qui possèdent une véritable vision et qui veulent, à leur façon, améliorer le monde. C’est ce qui m’intéresse dans ce que je fais. D’ailleurs, je ne pourrais pas travailler avec des gens qui n’ont pas de vision, dont l’activité n’a pas de sens à mes yeux. Ce sont des femmes qui font corps avec leur société. Elles vivent leur entreprise,  sont à fond dedans. Il faut donc que les photos incarnent ce sentiment et également ce qu’elles sont en tant que femme.

Catherine : Quelles sont les étapes de ton travail avec elles ?

Gwladys : Avant la séance de shooting proprement dite, nous faisons tout un travail en profondeur qui permet de mieux nous connaître, et en ce qui me concerne, de mieux cerner leur univers. De nombreux échanges se font par téléphone ou par Skype. Je leur demande également de réaliser un travail de réflexion en remplissant un questionnaire spécifique que j’ai élaboré et d’apporter des objets pour la séance de shooting. Nous échangeons autour de leur symbolique. Ce temps de réflexion, qui peut être assez long, est vraiment nécessaire.

Catherine : Et le jour du shooting ?

Gwladys : Le jour du shooting, elles sont souvent très excitées. C’est un moment très intense pour elles. L’une d’entre elles m’a même confié avoir vécu cette séance avec autant d’intensité que si elle préparait son mariage. Elles peuvent aussi se sentir très stressées. Donc, c’est à ce moment que j’introduis la sophrologie pour dénouer les tensions, les aider à se recentrer. On rit beaucoup aussi. La confiance ne peut s’établir que par la détente.

De mon côté, pour ouvrir l’intuition nécessaire et être en empathie avec la personne que je photographie, je dois faire un travail sur moi-même grâce à la méditation que je pratique quotidiennement. Ce sont vraiment la sophrologie et la méditation qui permettent de tels résultats.

 Catherine : Je confirme, tes photos sont très lumineuses et irradient de joie et de sensualité.

Gwladys : Durant la séance, j’essaye vraiment de capter l’essentiel de la personne, son essence afin qu’elle puisse affirmer son image. L’image que l’on crée ensemble, dans une totale collaboration, doit être en adéquation avec le visage qu’elle veut donner à son entreprise. Ce sont des séances de photos pour leur société, mais pour elles aussi finalement. Donc, cela va bien plus loin finalement que l’image qu’elles veulent donner à leur entreprise. Une fois qu’elles voient les photos, elle se disent « Ah oui, je suis comme ça, je peux être comme ça. C’est exactement la personne que je voudrais être qui se trouve face à moi. Donc je suis ». En réalité, elles se révèlent à elle-même lors de la séance. Et l’objectif est atteint.

Catherine : Dirais-tu que ces photos ont aussi une vertu thérapeutique ?

Gwladys : Oui, absolument

Catherine : Et toi, après une telle séance, comment te sens-tu ?

Gwladys : Je me sens pleine de vie. C’est comme après une séance de sophrologie !

Catherine : As-tu des projets ? Comment comptes-tu développer ton activité ?

Gwladys : J’aimerais étendre mon projet à l’International…parce c’est ce que m’a conseillé mon horoscope annuel !

Et Gwladys, de partir d’un grand éclat de rire communicatif.

Site :  https://www.gwladyslouisetphotography.com/positive-spirit-photography

Pour avoir un aperçu des sites relookés par Gwladys :

https://www.leluxedetresoi.com/

http://www.deborahseban.com/

*Gwladys est sophrologue, diplômée de l’Académie de Sophrologie  Caycédienne de Paris (certification d’Etat RNCP) et  spécialisée dans la gestion du stress.  

Pour en savoir plus:  www.sosophro.com

Catherine Jubert

TOUT EST JARDIN

Deux paysagistes Éric Ossart et Arnaud Maurières, concepteurs entre autre du jardin médiéval de l’Hôtel de Cluny à Paris créent depuis 30 ans des jardins en France et dans le Bassin méditerranéen. Conseillers de Jack Lang à partir de 1989 pour la requalification du paysage de Blois, ils rejoignent en 1993 l’équipe du Festival international des Jardins de Chaumont-sur-Loire.

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Expo « DEPENSES » À Béthune

Présentée à partir du 8 octobre et jusqu’au 26 février 2017, l’exposition « DEPENSE » à Labanque (Béthune), hier locaux de l’ancienne Banque de France, aujourd’hui centre de production et de diffusion en arts visuels, forme le premier temps d’une trilogie d’expositions baptisée « LA TRAVERSEE DES INQUIETUDES », inspirée par l’œuvre de l’écrivain Georges Bataille et conçue par la commissaire Léa Bismuth.

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