« Pas Pleurer » de Lydie Salvayre, en livre de poche

Pas pleurer

A peine un an après avoir obtenu le prix Goncourt, ce « Pas pleurer » de Lydie Salvayre est édité dans la collection de poche du Seuil, Points. Cette session de rattrapage est bienvenue pour toutes celles et ceux qui seraient passés à côté de ce texte qui tombe à point nommé dans le contexte houleux et douloureux que la France traverse en ce moment.

Quand Franco fait son coup d’état et qu’éclate la guerre civile, Montse, la mère de Lydie Salvayre, a quinze ans. C’est un événement inimaginable  pour  elle. Sa vie va en être bouleversée et 70 ans plus tard, Alzheimer aidant, ses souvenirs se sont focalisés sur cette période, le reste de sa vie ayant disparu dans les brumes de sa mémoire. Et Montse raconte à Lydie cette période de joie et d’espérance où tout semblait possible. Son frère, José l’anarchiste, l’entraine dans la Barcelone de la créativité, de l’imagination, de l’espérance et de l’illusion. Elle y vivra une nuit de fol amour avec un jeune brigadiste français prénommé André. La guerre les séparera au petit matin. Elle ne lui a donné ni son nom ni le nom de son village. Elle ne le reverra jamais et sa vie sera chamboulée pour le restant de ses jours.

Tout le récit est émaillé des propos de Montsé exprimés en fragnol, ce sabir commun à tous les réfugiés, savoureux mélange de français et d’espagnol.

Lydie Salvayre tricote l’histoire de sa mère, à l’aide de deux fils, un rouge pour la joie de Montse, joie qui vire rapidement à la désillusion, au désenchantement et au drame, un bleu déroulé par Georges Bernanos, fil de l’horreur et du sang. Ce dernier, en villégiature à Palma de Majorque, voit débarquer les troupes franquistes sur l’île et commettre exactions, meurtres, viols et  exécutions sommaires, le tout avec la bénédiction de la très Sainte Eglise catholique qui encourage les soudards. Le bourgeois catholique, a priori bien disposé envers le mouvement, se révolte. Il livrera son témoignage dans « Les Grands cimetières sous la lune ».

Le sujet est poignant, et pourtant Lydie Salvayre en a fait un récit plein d’humour, écoutant et transcrivant avec pudeur l’histoire de cette jolie fille, qui vivait tranquille dans son village avec des parents paysans, rudes et brusques. Cette dernière a été jetée sur les routes de l’histoire sans l’avoir vraiment décidé, mais elle adhère, vibrante, au mouvement de liberté et d’indépendance qui a saisi une partie du pays. L’émotion est latente, mais Montse, toujours digne, ne se laisse pas emporter. Elle a traversé à pied les Pyrénées, son bébé dans les bras. Elle s’est posée dans un petit village du Languedoc et elle y vit toujours 75 ans après.

« Pas pleurer » est d’une actualité brûlante, doublé d’un grand plaisir de lecture. A ne pas laisser passer.

Lydie Salvayre « Pas pleurer »

Points – 7,3€ // 240 pages