Prix Femina étranger : Kerry Hudson pour La couleur de l’eau


Le Prix Femina étranger 2015 a été attribué à la jeune écrivaine écossaise Kerry Hudson, 35 ans  pour son deuxième roman « La couleur de l’eau » (éditions Philippe Rey). Dans une chorégraphie doucereuse et dramatique, elle fait se croiser deux êtres paumés, cherchant, par amour à protéger l’autre, au prix de non-dits lourds et délétères .

 

Alternant son temps entre le quartier des boutiques chic où il travaille comme vigile, et la banlieue pauvre où il vit, Dave, beau et amateur de course à pied, va construire un nid pour Aléna., brindille après brindille.  Aléna, une paumée, petit oiseau meurtri, perdu et affamé, à la recherche d’une « vie normale » et  de tendresse, est sauvée et protégée par Dave. Touché par la détresse de la jeune femme, Dave la couvre de sa  générosité, avec un dévouement et un désinteressement exceptionnels.

Dave appelle sa douce,  Léna. Léna est le nom du fleuve qui traverse la Sibérie. C’est justement de là que vient Aléna, un trou du monde. Seulement Aléna se cache, et camoufle ce qui s’est passé les mois précédents :  prise dans les filets de réseaux de prostitution, Aléna est forcée par « ses bienfaiteurs » à recruter des filles, qui comme elles,  arrivent dans l’inconnu de la grande ville, sans but précis, ou avec une vague  adresse. Un exercice où elle finit par exceller,  avant que l’horreur  de la situation prenne le dessus et l’amène à s’évader. Elle sera traquée par celui qui s’estime son propriétaire et qui n’accepte pas sa disparition.

Dave,  traîne une histoire dont il évite de parler.  Elevé par une mère seule, prompte à noyer ses difficultés d’existence dans l’alcool,  il ne peut oublier qu’il a cédé à son chantage affectif à la veille de sa mort.  Il a dû en payer le prix.

Dave et Alena s’apprivoisent, se rapprochent, nouent une relation de tendresse. Ils se fuient aussi, de peur de mettre en lumière la part d’ombre de chacun …Un chape de plomb de non-dits perturbe leur relation.

La romancière fait évoluer ses deux héros, des anti-héros plutôt, dans le Londres d’aujourd’hui et particulièrement dans ses banlieues. Se côtoient les copains loubards, des immigrés, des chômeurs, des travailleurs pauvres et les petits boulots, des pubs remplis de buveurs excessifs, la misère et le luxe des milieux où l’argent sale coule sans compter. Kerry Hudson fait ressentir les miasmes exhalés dans ces espaces, où se mêlent les odeurs de bière et de sharwarma grillé, d’after shave bon marché et de transpiration, de glaces et de bonbons, de thé et de junk food

Kerry Hudson emmène également le lecteur à travers la Sibérie, où Dave armé de guides touristiques, part à la recherche de sa bien-aimée. Trajet en transsibérien, arrivée dans une ville sinistre, marquée par l’architecture et la grisaille héritées de l’ère soviétique.

Il faut attendre les toutes  dernières lignes du livre pour découvrir, et s’interroger sur le futur de Dave et d’Aléna. Une chorégraphie tragique.

 

Elsa Menanteau

 

kerry hudsonLa couleur de l’eau par Kerry Hudson

  • Editions Philippe Rey
  • Traduction par Florence Lévy-Paoloni
  • Prix 20 €

 

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