Paola Pigani : Venus d’ailleurs, un roman lumineux

 

 Dans « Venus d’ailleurs » (éd.Liana Lévi), son deuxième roman,  Paola Pigani décrit avec délicatesse l’exil,  ses espoirs et ses drames.  Ce roman lumineux fait partie de la sélection du 14e prix du roman Fnac.

Paola Pigani couverture Venus d'ailleursIls sont arrivés à Lyon au printemps 2001. Ils ont un peu plus de vingt ans et leur voyage ressemble à celui de milliers d’autres Kosovars qui fuient la guerre : le passage clandestin aux frontières, les mois d’attente dans un centre de transit avant d’obtenir le statut de réfugiés. Mirko et sa sœur Simona partagent la même histoire, chacun a leur façon. Simona  » se jette dans la vie avec une confiance un peu naïve  » , apprivoise les lois du labyrinthe administratif et s’empare de la langue avec ravissement.

Plus sombre, Mirko travaille sur les chantiers et tente de s’approprier les lisières de la ville en laissant sur les murs des graffs rageurs. Dans ces marges, il rencontre Agathe et tisse le début d’un amour fragile.

 

Paola Pigani dépeint avec une délicatesse toute en retenue chaque nuance de l’exil. Les étapes du parcours des réfugiés dans une métropole, Lyon, devenue en 1999 un point d’accueil privilégié des réfugiés kosovars en France. En filigrane, la beauté de la ville, le hasard des rencontres, le goût amer de la nostalgie qui dicte ses choix. La farouche volonté d’aller de l’avant de la femme. Le devoir qui rappelle l’homme à son passé.

 

Le drame universel de l’exil mais aussi l’espoir, la vitalité des personnages, un style incisif, une écriture magnifique qui vous aspire littéralement dans son univers, font de ce roman l’un des meilleurs de la rentrée. Mon coup de coeur !

 

 

Paola PIGANI à Lyon le 19 avril 2013
Paola PIGANI à Lyon le 19 avril 2013

Paola Pigani à grandi en Charente dans une famille d’immigrés italiens. Elle vit aujourd’hui à Lyon où elle partage son temps entre son travail d’éducatrice et l’écriture. Après « N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures« , un premier roman très remarqué, récompensé par sept prix littéraires, retraçant l’internement d’une famille manouche au camp des Alliers entre 1940 et 1946,  » Venus d’ailleurs » est son second roman.

 

 

 

 

Extraits

«  Mirko marche devant. Il détaille les graffs sur le mur, le long des rails. Agathe le rejoint. Tous deux s’arrêtent. Il y a des lettres, des visages, des calligraphies furieuses qui mangent la pierre noircie. Un palimpseste de couleurs délavées, de messages. Des éclats de violence et d’espoir, des épaisseurs graphiques monstrueuses sur les parois abîmées du mur. Elle sent la lisière entre ville et non-ville, entre deux territoires où s’arrache le droit de crier, de marquer l’espace. Des trous dans les murs laissent voir des mauvaises herbes, une autre écriture sauvage, une ville en jachère et ses morceaux de ciel sertis de gravats , de verre pilé. Une chaire minérale et déchiquetée… »

 

 » A-t-il bien fait de choisir la France ? D’avoir agrandi la distance entre la guerre et leur futur? C’est toujours en traversant ces zones désolées en lisière de la ville que le doute le prend ou la nostalgie. Quelque chose qui suit la fonte des rails, le tracé des voies. Une route aveugle. C’est là que sa vie d’homme à germé. Une touffe de mauvaises herbes entre doutes et mélancolie. « 

 

Paola Pigani –Venus d’ailleurs (éd. Liana Levi)

En librairie le 27 août 2015