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Avec l’exposition Art/Afrique, le nouvel atelier, la Fondation Louis Vuitton met l’art africain à l’honneur

A partir du 26 avril et jusqu’au 28 août, la Fondation Louis Vuitton présente « Art/Afrique, le nouvel atelier ». Divisée en trois parties, cette exposition met en lumière une scène africaine effervescente, à la pointe de l’art contemporain et surtout très politique.

Rassemblées sous le titre « Art Afrique, le nouvel atelier », ces deux expositions – nommées « Les Initiés » et « Etre là » – sont présentées à la Fondation Louis Vuitton à Paris jusqu’au 28 août. Elles reflètent l’effervescence et le dynamisme de la scène artistique du continent africain. La première réunit une sélection d’œuvres de quinze artistes emblématiques de la collection d’art contemporain de Jean Pigozzi, présentée pour la première fois à Paris. La seconde « Etre là »,  témoigne du foisonnement culturel que connaît actuellement l’Afrique du sud, toujours profondément marquée par son histoire.

On y retrouve les figures tutélaires, William Kentridge ou Sue Williamson. Ceux qui, nés dans les années 1970, ont connu l’apartheid dans leur enfance, tels Nicholas Hlobo ou Zanele Muholi. Et les born free qui, comme Jody Brand ou Buhlebezwe Siwani, virent le jour à l’orée des années 1990, époque à laquelle Nelson Mandela fut libéré. Soit dix-sept artistes sud-africains réunis à la Fondation Louis-Vuitton, à Paris. Cette exposition, reflète avec force la fougue et la vitalité d’une scène majeure de l’art contemporain. Son titre,  « Etre là. » dit combien ces plasticiens, activistes revendiqués pour certains, ont toujours cru au pouvoir de l’art et à sa capacité à changer le cours de l’Histoire. Aussi, au fil d’un parcours fluide,  servi par les espaces grandioses des lieux, se dessinent les luttes, les ­espoirs, les aspirations et les revendications de trois générations. L’art est toujours politique en Afrique du Sud comme en témoignent ces pavés multicolores.

Pascale Marthine Tayou, Colonisation, pavés coloriés à la gouache

Des chiens, imaginés en 2003 par Jane Alexander (née en 1959), aux gentilles têtes de Mickey et aux corps nus de petits garçons,  accueillent le visiteur.  Dans cette installation, ces animaux qui font froid dans le dos, ­défilent en bataillons, symbolisant l’obsession sécuritaire du pays.

Mais à l’issue de cette exposition une question se pose : pourquoi une fois de plus ranger dans des cases la création artistique ? En effet, on ne parle pas d’art européen… Ne pourrait-on pas parler plus simplement de création contemporaine ?

Jane Alexander Infantry with Beast [detail], 27 Figures 2008-10, Beast 2003 Glass fibre, oil painting, shoes, wool carpet

http://www.fondationlouisvuitton.fr/

Catherine Jubert

De Zurbaran à Rotkho, collection Alicia Koplowitz au musée Jacquemart André

Dis-moi ce que tu collectionnes et je te dirai qui tu es.

Amedeo Modigliani (1884-1920) – La Rousse au Pendentif – 1918 – Huile sur toile – 92 x 60 cm © Collection Alicia Koplowitz – Grupo Omega Capital

Y a-t-il une manière féminine de collectionner l’art ?

C’est inévitablement la question que l’on se pose en regardant la collection d’œuvres exceptionnelles réunies au Musée Jacquemart André par l’espagnole Alicia Koplowitz. Une collection de femme au cœur d’un musée dont les œuvres ont été réunies par une autre femme : Nellie Jacquemart.  Dans cet écrin, 53 œuvres de maîtres anciens et modernes se côtoient dans un dialogue avec les siècles : sculptures antiques, tableaux de Zurbaran, Tiepolo, Canaletto, Guardi et Goya voisinent avec les peintures, dessins et sculptures de Toulouse-Lautrec, Gauguin, Van Gogh, Picasso, Van Dongen, Modigliani, Schiele, de Staël, Freud, Rothko, Barceló, Giacometti, Bourgeois, Richier…

 Francisco de Zurbarán (1598 – 1664) – Vierge à l’Enfant avec saint Jean-Baptiste – vers 1659 – Huile sur toile -119 x 100 cm © Collection Alicia Koplowitz – Grupo Omega Capital

C’est aussi à un dialogue avec elle-même que nous invite la collectionneuse et femme d’affaire espagnole, présidente du Grupo Omega Capital, société d’investissement, au travers d’œuvres finement choisies et  présentées de manière chronologique.

Pablo Picasso (1881-1973) – Tête et main de femme – 1921 – Huile sur toile – 65,4 x 54,9 cm © Collection Alicia Koplowitz – Grupo Omega Capital  © Succession Picasso 2017

Pour Alicia Koplowitz, sa collection a beaucoup à voir avec sa biographie. Collectionner des œuvres d’art relève du cheminement initiatique, un chemin qui lui a servi de bouclier face aux diverses vicissitudes de sa vie et le long duquel elle a appris à explorer les voies intimes qui lui étaient inconnues, des voies qu’elle a peu à peu découverte au travers des tableaux.

 Lucian Freud (1922 – 2011) – Fille au manteau de fourrure – 1967 – Huile sur toile – 61 x 51 cm © Collection Alicia Koplowitz – Grupo Omega Capital , Fukuoka Sogo Bank Ltd. /© Lucian Freud Archive/Bridgeman Images

C’est pourquoi l’on retrouve de nombreux visages féminins au cours de cette exposition.

Tous les types de femmes semblent s’y être donnés rendez-vous : la vierge au doux visage, de Francisco de Zurbaran (Vierge à l’enfant avec Saint-Jean Baptiste), la sévère duchesse de Bragance de Juan Pantoya de la Cruz, engoncée dans sa collerette et les conventions sociales, la secrète et méditative créature de Tête et Main de Femme de Picasso, la mélancolique de La Rousse au Pendentif de Modigliani, la mystérieuse Fille au manteau de fourrure de Lucian Freud, la femme tourmentée représentée par l’araignée (Spider III) de Louise Bourgeois.

Il y aura forcément une femme  dans laquelle vous vous reconnaitrez au cours de cette exposition… Mais, le 10 juillet, il sera trop tard !

Site Internet :

http://www.musee-jacquemart-andre.com/

Catherine Jubert

 

Marine Chereau, la photographie, « le coeur dans les yeux »

 

photographie ©Marine Chereau

Marine Chereau, « Le cœur dans les yeux » *

On a beau critiquer les réseaux sociaux et en particulier Facebook. Ils sont, pour qui sait les utiliser, un fabuleux champ d’explorations et de découvertes. C’est ainsi que j’ai rencontré Marine Chereau, jeune et baroudeuse photographe nantaise de 74 ans. Je ne crains pas de le dire : Marine possède toutes les qualités des grands professionnels : l’œil affuté, l’instinct de l’image, l’extrême rapidité à saisir les situations, ce fameux « instant décisif » dont parlait Cartier-Bresson, la capacité à révéler l’humanité et les failles de chacun des sujets qu’elle capture dans son objectif. Son regard est toujours tendre, empathique et généreux. Marine a « le cœur dans les yeux » et sur la main. Une photographe et une photographie humanistes ! Et si l’on pouvait la comparer à une photographe célèbre, ce serait sans nul doute à Vivian Maier.

Catherine : Depuis combien de temps fais-tu de la photo ?

Marine : J’en fais depuis 2000. Avant, je prenais des photos de famille avec un petit appareil pour garder des souvenirs de mes enfants. La photo est venue suite à mon licenciement de mon poste de responsable marketing. Je me suis dit que je devais créer mon propre travail. C’est à ce moment que j’ai eu l’idée de monter une société d’inventaire patrimonial. Je me rendais chez les gens et photographiais leurs biens pour leur permettre de conserver une trace de leurs meubles, objets, bijoux et fournir des preuves aux assurances en cas d’incendie ou de vols. J’avais fait une étude de marché. Il y avait du potentiel, mais, personne, aucun assureur ne m’a aidée à démarrer. Pour l’occasion, j’avais acheté un appareil photo et un ordinateur. Ensuite, je me suis dit : « qu’est-ce que je vais faire de ça ? ». Alors, je suis sortie dans la rue et la photographie est devenue une passion dès le tout premier clic. Le bruit m’a absolument fascinée. Ce son a quelque chose de sensuel qui résonne, qui passe dans tout le corps jusque dans les doigts. Quand je la ressens dans mes doigts, je sais que la photo est bonne.

Photographie ©Marine Chereau

Catherine : Tes photos sont-elles mises en scène ?

Marine : Jamais ! Je fais tout au feeling, à l’instinct, dans l’immédiat. J’ai d’ailleurs toujours mon appareil pendu au cou.

Catherine : Te considères-tu comme une photographe de rue ?

Marine : J’aime beaucoup ça. Dans une photo, s’il n’y a pas d’humains, ça ne m’intéresse pas. J’adore aussi photographier des personnes de dos. Il me semble que les dos expriment quelque chose de plus, car les gens sont davantage dans un laisser-aller que lorsqu’ils sont de face.

Catherine : Qu’est-ce qu’une bonne photo pour toi ?

Marine : C’est une photo prise à la volée, où tu vois que les gens n’ont pas posé. C’est une image qui transmet par l’intermédiaire des regards, des attitudes, des gestes, des expressions, un côté humain qui va questionner le spectateur et le faire réfléchir. Je voudrais que chaque photo soit une histoire en soi. C’est pourquoi les titres sont si importants. Pour moi, une photo doit dire quelque chose. Si elle ne dit rien, s’il n’y a que de l’esthétique, ça ne m’intéresse pas.

L’esthétique est purement instinctive. Et comme je ne connais rien à la technique, je la remplace par l’instinct.

Photographie ©Marine Chereau

Catherine : Quels sont les photographes qui t’inspirent ?

Marine : Le premier nom qui me vient à l’esprit est évidemment celui de Vivian Maier. Et puis d’autres. Tous ceux qui sont dans le constat de la vie comme Robert Doisneau,  Willy Ronis, Sebastião Salgado…

Catherine : Parle-moi du projet Never Explain

Marine : Ce projet vient de loin. Il remonte à la lecture du livre d’un grand gourou de la motivation de la Silicone Valley, Roger Von Oech, qui remettait en cause toutes nos habitudes et nos certitudes dans un ouvrage intitulé Créatif de choc. C’est ma bible depuis 20 ans. Il correspond bien à mon tempérament de rebelle qui ne veut jamais rien faire comme les autres et désire remettre sans cesse les choses en cause. Il se trouve qu’il y a 3 ans, je me suis multi fracturée les 2 chevilles. Comme, je suis restée un an et demi sans pouvoir ni marcher ni sortir pour faire faire des photos, j’ai commencé à fouiller dans mes fichiers et à faire un tri. J’avais à peu près 150 000 photographies.  Au même moment, j’ai relu le bouquin. Et l’idée m’est venue automatiquement : « et si je faisais les choses à l’envers ». J’ai inversé les fonds, les paysages urbains et j’ai réintégré des gens que j’avais pris en les remettant à l’endroit. J’ai joint un texte un texte en disant : « Et si la vie n’était pas comme on la croit ?»

Et en effet, quand tu te casses les jambes, tu te dis que la vie bascule très vite d’une seconde à l’autre et donc que tu dois te créer un nouveau monde. Grâce au financement participatif par crowfunding, j’ai pu éditer un livre et présenter mon exposition dans une galerie à Nantes.

http://marinechereau.wixsite.com/photographer/never-explain

Photographie ©Marine Chereau

Catherine : Tu as également réalisé un travail sur la mémoire de l’habitat

Marine : Oui, il s’agissait d’un travail de commande. J’ai réalisé une vingtaine de livres individualisés sur les maisons de famille. Je me rendais chez les gens pour photographier leur intérieur. Pour moi ce qui est important, c’est que les gens puissent laisser une mémoire de leurs lieux de vie à leurs enfants et petits-enfants. Au préalable, je m’entretenais avec les propriétaires car il fallait que je rentre dans l’âme de leur maison, dans son vécu et dans celui de ses habitants. Chaque chose a une histoire et c’est pourquoi, je me fais raconter l’histoire de chaque objet. C’est tout un cheminement, presque un travail de société finalement.

http://marinechereau.wixsite.com/memoirehabitat

Catherine : Tu es très connectée. Quelle importance ont les réseaux sociaux pour toi ?

Marine : Au départ, j’étais totalement arcboutée contre Facebook et finalement, je m’y suis mise. Grâce aux réseaux sociaux, j’ai pu nouer des contacts avec des photographes du monde entier : des Russes, des Afghans, des Colombiens. Je me suis aperçue que chaque pays avait sa propre vision photographique. Cela m’a également obligée à revoir, soigner mes photos pour les présenter, bref à avoir un style. Je me sers aussi de Facebook comme d’un journal photographique. Et puis surtout, cela me permet de rester en contact avec les miens.

 Catherine : Tu fais essentiellement du noir et blanc ?

Marine : Oui, essentiellement car je me suis dit que tous les grands photographes faisaient du noir et blanc ! (rires)

Catherine : Quel type de projet aimerais-tu mener à présent ?

Marine : J’aimerais bien faire un travail sur Alzheimer, un asile ou la prison. Des domaines fermés où les gens ont des choses à exprimer.

Catherine : Est-ce qu’il y a un genre particulier de photo que tu aurais aimé faire ?

Marine : J’aurais adoré être photographe de guerre, pour l’instantané, pour l’état d’urgence, pour courir dans tous les sens… Bref, j’aurais aimé être un homme !!! (rires à nouveau)

 

* Philippe Soupault

Expo « DEPENSES » À Béthune

Présentée à partir du 8 octobre et jusqu’au 26 février 2017, l’exposition « DEPENSE » à Labanque (Béthune), hier locaux de l’ancienne Banque de France, aujourd’hui centre de production et de diffusion en arts visuels, forme le premier temps d’une trilogie d’expositions baptisée « LA TRAVERSEE DES INQUIETUDES », inspirée par l’œuvre de l’écrivain Georges Bataille et conçue par la commissaire Léa Bismuth.

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Halle Saint Pierre : Les bonheurs d’un collectionneur

 

halle saint pierre mars 2016

 

Avec la particularité qui l’anime, la Halle Saint Pierre expose quelque 600 œuvres de 70 peintres, sculpteurs, photographes qui évoluent entre l’art brut et l’art contemporain, en passant par l’expressionisme figuratif. Toutes appartiennent à un collectionneur, Jean-Claude Volot qui depuis près de quarante ans, fait confiance à son intuition et à son plaisir. Pour la première fois, un grand nombre des œuvres visibles ou entreposées à l’Abbaye d’Auberive sont visibles à Paris jusqu’au 26 août 2016.

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