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Rodin au Grand Palais : coup de gueule

Affiche de l’exposition

De passage à Paris, fan de Rodin, je me précipite au Grand-Palais voir l’Exposition du Centenaire. Quelle déception ! Première question, pourquoi avoir délocalisé le musée Rodin aux Champs Elysées, dans la mesure où 80 % des œuvres présentées viennent du dit musée. Il eut été plus simple et moins onéreux d’investir les jardins de la rue de Varenne.

Cette folie des expositions où l’on se donne un badigeon de culture pour la modique somme de 12, 13, 15 euros, voir plus, commence à me lasser. Il faut choisir son créneau plusieurs jours avant, sans préjuger de l’envie du moment. Et ces expos remplissages et hagiographiques n’apportent en fait pas grand chose. Prenons celle qui nous occupe, elle manque singulièrement de chair et d’humanité. Le non dit de cette exposition est que Rodin est un génie, ce qui est une évidence, travaillant seul, en dehors de tout contexte historique, développant une énergie prométhéenne. Comment peut-on faire l’impasse sur Rose, sa mégère bien aimée, sur Camille Claudel, son aimante/aidante passionnée, sur son atelier pléthorique qui voyaient des dizaines de petites mains à l’œuvre. Rien de tout ça. L’infiniment grand et l’infiniment petit lui sont attribués. Camille Claudel y subit une trahison ultime. Elle n’apparait qu’aux deux tiers de l’exposition avec une vieille femme en plâtre, au détour d’une vitrine, très explicite de sa manière. Longiligne, les attaches fines, les seins pendants, cette vieillarde est impressionnante.

En revanche, il est fait référence aux suiveurs de Rodin, de façon très tirée par les cheveux. Zadkine et Giacometti, pourtant très éloignés du Maître ont la part belle. La filiation avec l’Allemand Wilhelm Lehmbruck, qui fut son élève, est plus évidente. Même source d’inspiration, même exécution dans le grandiose et dans la masse.

La Venus de Milo © Kamizole.blog.lemonde.fr

Le fil conducteur semble être le corps tronqué, « qui raconte une histoire. » Il serait l’initiateur de cette manière. La Victoire de Samothrace, magnifique corps tronqué s’il en est, résidente du Louvre depuis 1883, La Venus de Milo, la sensualité faite femme, bien que manchote, qui y a pris ses quartiers éternels en 1821, n’ont pas échappé à Auguste Rodin. Jeune, il y faisait ses gammes. Pour enrichir ses connaissances, il entreprit un voyage en Italie, afin de s’immerger dans la culture antique et classique. Il ne pouvait qu’en arriver à la conclusion qu’un fragment peut dire tout aussi bien qu’un corps entier, se mettant ainsi  dans le sillon de Michel-Ange.

L’accent est mis sur Antoine Bourdelle, son élève pendant dix sept ans, nettement plus académique que le maître, et Aristide Maillol, le sculpteur des femmes callipyges. Ce dernier était un ami de Bourdelle, et Auguste Rodin l’un de ses admirateurs. Là encore on s’interroge. Ils sont là. C’est tout. Comme une évidence.

Le contexte historique est gommé. D’un personnage génial, haut en couleur, célèbre pour ses colères et ses coups de gueule, capable de mettre de l’eau dans son vin pour obtenir un contrat, habile négociateur et négociant, il ne reste rien. Auguste Rodin devient un personnage lisse, sans vie, sans passé, sans heurts et malheurs.

Le plus étonnant est que les concepteurs de l’exposition sont des conceptrices ; elles ont fait une exposition d’hommes pour les hommes, sans imagination.