Thé, café, chocolat, le comble de l’exotisme au XVIIIe siècle

« Thé, café ou chocolat ? »Banale de nos jours cette question était la marque d‘une extrême distinction aux XVIIe et XVIIIe siècles. Un vrai marqueur social. Produits exotiques, produits de luxe, le chocolat, le café et dans une moindre mesure le thé, ont façonné le commerce international de la France, ses habitudes alimentaires, la production de ses manufactures et suscité quelques polémiques enflammées quant aux vertus et dangers de ces boissons venues d’ailleurs. Le musée Cognac-Jay consacre à « l’essor des boissons exotiques au XVIIIe siècle », une jolie exposition. A voir jusqu’au 27 septembre 2015.

Carmontelle (1717-1806). "Mme la Marquise de Montesson, madame la Marquise du Crest et Mme le comtesse de Damas prenant le thé dans un jardin". @Paris, musée Carnavalet. Roger-Violet
Carmontelle (1717-1806). « Mme la Marquise de Montesson, madame la Marquise du Crest et Mme le comtesse de Damas prenant le thé dans un jardin ». @Paris, musée Carnavalet. Roger-Violet

Le décor est champêtre. Elles sont trois. L’une porte une robe à rayures jaunes, l’autre à rayures vertes, la troisième est vêtue de rose pâle. Elles ont calé leurs crinolines dans de grands fauteuils recouverts de satin à carreaux vert et blanc. Avec leurs perruques poudrées en échafaudage, surmontées de dentelles, la marquise de Montesson, la marquise du Crest et la comtesse de Damas prennent le thé. Petit guéridon, tasses dorées en porcelaine, théière ventrue, pot à lait …Le peintre Carmontelle (1717-1806) donne une paisible et conviviale image de l’art de vivre dans la noblesse française au XVIIIe siècle.

Patu de Rosemond, G. H.: La culture du cafe a l'ile Bourbon, vers 1800. Paris, musee du quai Branly
Patu de Rosemond, G. H.: La culture du cafe à l’ile Bourbon, vers 1800. Paris, musee du quai Branly

C’est là l’une des œuvres et objets rassemblés par le Musée Cognac-Jay, spécialisé dans le siècle des Lumières pour une exposition consacrée à l’essor du  thé, du café et du chocolat, en France, au XVIIIe siècle.  Comment ces boissons exotiques ont-elles été introduites en France ? Qui les consommait ?Comment ont-elles conquis l’ensemble des classes sociales ? Quel a été leur impact sur les pratiques alimentaires ? Quelles représentation la peinture et la gravure en ont faites ? Quelle a été l’influence de ces nouvelles consommations sur les arts de la table ? C’est à ces questions que répond cette petite mais bien intéressante exposition, logée dans ce délicieux Hôtel du Marais à Paris.

Le thé, et plus encore le chocolat et le café, sont entrés par la grande porte, celle de la Cour du Roi, avant que l’effet de mode, puis les habitudes ne s’ancrent dans la haute bourgeoisie et finissent par se diffuser partout et dans toutes les catégories de la société française.

Le premier à prendre pied en France est le chocolat. Même si Louis XIV ne l’appréciait pas guère, le chocolat  ne pouvait rêver meilleure introduction. Grâce aux deux mariages royaux franco-espagnols de Louis XIII avec Anne, et Louis XIV avec Marie-Thérèse, les fèves de cacao rapportées par  Cortez en 1524 à Charles Quint s’échappent d’un monopole dont les secrets de culture et de transformation étaient farouchement gardés.

Le café doit sa célébrité à l’ambassadeur du sultan de l’Empire ottoman. En 1669, ave ce qu’on appellerait aujourd’hui un sens aigu  des relations publiques, il titille la curiosité de l’aristocratie qu’il accueille « à la mode turque ».

Le thé, connut un succès plus tardif, quand la mode venue d’outre Manche a surmonté l’hostilité mémorielle envers les Anglais, maîtres des routes maritimes vers l’Inde.

Colbert, fait une fois de plus preuve de son habileté à la maitrise des flux financiers et des intérêts de l’Etat. Il crée dès 1664 la Compagnie des Indes orientales et occidentales destinée au commerce des produits exotiques.

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Très vite ces breuvages exotiques vont susciter engouements et critiques.  Leurs effets sont rapidement considérés comme thérapeutiques. La médecine d’alors reconnait au thé et au café les vertus d’apaiser les maux de tête, de favoriser la digestion. de stimuler la concentration. Observant la prise de poids qu’il engendre, elle recommande le chocolat aux  enfants, aux malades, aux vieillards.

Madame de Sévigné, dans une lettre à sa fille se fait l’écho de la versatilité de l’opinion à l’endroit de ces boissons exotiques :

« Je peux vous dire, ma chère enfant, que le chocolat n’est plus avec moi comme il l’était. La mode m’a entrainée comme elle le fait toujours. Tous ceux qui m’en disaient du bien m’en disent du mal. On le maudit, on l’accuse de tous les maux que l’on a ».

Quelles qu’aient pu être les attaques,  les trois boissons vont trouver leur place et seront servies à tous les repas, notamment au sein des élites, qui ont pris l’habitude de se mettre à table quatre fois par jour pour déjeuner,  dîner, gouter et souper.

Le succès de ces boissons est tel que Paris, au début des années 1700, comptait plus de 300 adresses de négoce tenues par la corporation des limonadiers.

Au-delà de la consommation dans le cadre privé,  le café en particulier va contribuer à l’ouverture de « lieux de sociabilité», les « maisons de café », les ancêtres de nos cafés parisiens !  Certains sont devenus  les centres de ralliement des Révolutionnaires.  Il en allait ainsi du Café des Patriotes, rue Saint Honoré, ou du Procope.  Ce dernier qui existe toujours, situé à deux pas du boulevard Saint Germain, accueillait également Diderot, Voltaire et d’Alembert et bien d’autres intellectuels.

Chabry fils (actif de 1765 à 1787). Tasse litron et soucoupe. Porcelaine, 1780. Paris, musée Cognacq-Jay. Dimensions : h. max 11,3 cm x l. max 13,8 cm
Chabry fils (actif de 1765 à 1787). Tasse litron et soucoupe. Porcelaine, 1780. Paris, musée Cognacq-Jay.

L’autre impact de la consommation grandissante de ces boissons, fut de favoriser la création de vaisselles et ustensiles appropriés et le développement d’industries.  Le moulin à café, adaptation du moulin à poivre, est  fabriqué à Saint Etienne, qui s’est fait une spécialité dans la métallurgie. Les manufactures de porcelaine, quant à elles inventent la tasse avec une anse et une soucoupe, conçoivent des modèles de tailles différentes selon leur affectation au café, au thé ou au chocolat. Les manufactures rivalisent d’imagination en faisant appel aux « designers » de l’époque. Celle de Sèvre acquiert par là une renommée qui dépassera  largement les  frontières de la France.

Elsa Menanteau


Musée le Secq des Tournelles Moulin à café Martin Aisnez
Musée le Secq des Tournelles Moulin à café Martin Aisnez
Informations pratiques

Musée Cognac-Jay

8 rue Elzevir – 75003 PARIS

tél. 01 40 27 07 21

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. Fermé les lundis et jours fériés.

Tarif plein : 7 €

museecognacjay.paris.fr


 

Cette exposition est accompagnée par la marque Comptoirs Richard. Pendant toute la durée de l’exposition, les boutiques de la marque vendent un « Coffret Café, Thé et Chocolat » en édition limitée. Prix : 38 € env.

Informations sur le site web comptoirsrichard.fr