Virginie Despentes, tout rock

Comment Virginie Despentes attire et convainc des lecteurs qui ne sont pas naturellement attirés par ses ouvrages ? Par le rock, explique Romain David. Il en apprécie sa profonde connaissance et son approche. Un lecteur enthousiaste.

N’étant pas fan a priori de Despentes, j’ai d’autant plus pris dans la figure  la lecture des premiers tomes de la trilogie de Vernon Subutex. Cette auteure, son pseudo côté sulfureux, sa manière de séduire les féministes avec des titre de romans que même les auteurs masculins les plus misogynes n’oseraient imaginer (je pense à bien entendu à « Baise moi ») avait fini par m’agacer. Despentes était finalement très ancrée dans la pensée mainstream de son époque à savoir dénoncer des injustices en s’adressant à des lecteurs qui n’en subissent pas. Un peu comme Bourdieu dont l’immense œuvre a consisté à dénoncer le rôle des « dominants » mais dont les livres ont au final très peu été lus par les « dominés ».

 

J’ai décidé d’acheter le premier tome séduit par les nombreuses allusions au rock dont la presse musicale se faisait l’écho (Rock & Folk notamment). S’il y a une chose que je ne peux reprocher à Despentes c’est sa connaissance exhaustive à la fois de cette musique mais aussi de son état d’esprit. Elle a notamment trainé avec des groupes de la scène underground française (on ne parlait pas encore de scène « alternative » du début des années 80 comme les « Berruriers Noirs ». Au moins, sa crédibilité dans ce domaine était inattaquable.

 

L’histoire d’un ancien disquaire qui se retrouve à la rue à la fois en raison de l’obsolescence de son métier mais aussi parce, qu’il n’a pas vu grand-chose venir semblait assez originale surtout avec la promesse de ponctuer les différents moments par des références rock toujours bien senties.

 

Or les deux premiers tomes tiennent leur promesse et même plus. Tout y est. Le climat social actuel bien sûr. Mais aussi les difficultés de s’y adapter pour ceux qui n’y sont pas préparés. Despentes évoque en filigrane une génération qui a longtemps baigné dans une insouciance certes pas candide mais confiante dans des valeurs humanistes et de solidarité basiques.

 

Les relations humaines et d’amitié aussi. Comment se comporter face à un ami ou un ex dont on a été si proche mais qui change du jour au lendemain de statut social pour être SDF ?

Et surtout la dimension rock and roll qui n’est certes pas la trame principale de l’histoire mais qui rôde en permanence de manière obsessionnelle. Pour les afficionados, c’est un vrai bonheur d’entendre Vernon et les autres personnages se remémorer la première écoute d’un album mythique ou le souvenir inoubliable d’un concert à une époque où le rock (comme la gauche le prétendait modestement pour elle) pouvait changer la vie.  Le rock dans cette trilogie c’est aussi un « état d’esprit » : des personnages encore rebelles, un rythme haletant et toujours dynamique…

 

Il est un peu difficile de repérer tous les personnages dans le premier tome, qui ont partagé à un moment ou un autre l’existence de Vernon, sans compter les multiples interactions entre ces mêmes personnages. Despentes y pare dans le deuxième tome avec un guide des personnages apparus dans le premier. Enfin les fans de rock apprécieront peut-être davantage les références passées aux morceaux, les souvenirs magiques qu’ils évoquent dans le premier tome. Dans le second, les références se vivent plus au présent et sont prétexte à rassembler les personnages autour de Vernon et de son talent unique pour proposer le bon morceau au bon moment.

Que réserve le tome III ? J’ai hâte de lire la suite.

Romain David

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Vernon Subutex par Virginie Despentes

Tomes   1 et 2. Parutions janvier et juin 2015

Editions Grasset

Prix 19,90€